Louis Vidal, nous voilà ! - Le dilemme
6.
L’éclat latin des zéniths aoûtiens avait laissé place aux langueurs vespérales des crépuscules de novembre, et l’ombre recouvrait désormais le Vatican. Nulle âme ne s’aventurait plus dans ces ruines fragiles et maudites où le baroque de jadis, en épousant le voile de la poussière et de l’oubli, avait enfanté le grotesque. Aussi, l’écho de ces lieux noyés dans le silence ne portait plus pour derniers sons que les gémissements du pauvre Louis Vidal, qui errait désormais dans ses grands temples d’obscurité, en n’ayant plus pour seule amie que la frêle lumière de sa lanterne. Eglise était là, de même, qui hantait les lieux de sa présence, et qui pleurait, voyant dans la beauté de chaque objet les traces de son passé glorieux, et dans la cendre qui les recouvrait tous, les tristes signes de sa déchéance. Louis Vidal aux confins du drame : perdu dans le silence des idoles mourantes, impuissant face à l’agonie de cette femme tant aimée, Eglise, si belle et pourtant si vieille.
Il y avait là un immense Jésus crucifié, avec du sang autour des mains. A la lumière du dernier cierge du Saint-siège, l’Eglise priait dessous, dévotement, piteusement, chrétiennement. Louis Vidal ne s’éloignait pas trop, un sentiment étrange d’ « imminence » et de peur du noir le retenait. Souvent, il dormait presque éveillé, le dos contre une colonne, comme assommé, hagard, ivre mort. Chaque fois qu’il s’approchait d’Eglise et qu’il la regardait, c’était la même blessure qui se rouvrait dans son cœur : car dans les rides et la blancheur famélique de ce visage en naufrage, France était là : obsédante, révélée dans toute sa jeunesse par les traits épurés et fripés de sa mère finissante. Louis Vidal souffrait le martyr, et cette souffrance lui inspirait la nécessité de la fuite autant que la tentation de rester. Ce visage double et ambigu sonnait aussi sèchement que la lourdeur des grands dilemmes : Louis Vidal devait trancher entre Eglise et France, entre cet « au-delà » tant espéré et cette terre de l’ouest à portée de main ; Louis Vidal avait envie de rejoindre la fille quand il avait peur de quitter la mère. La foi et la fierté se battaient dans son cœur, et il n’avait que trop conscience d’être le plus français de tous les hommes, ce qui ne faisait que renforcer son incertitude : « Parbleu, s’écriait-il pathétiquement, pourquoi diable n’ai-je pas le double statut !? »
Louis Vidal s’approcha une dernière fois d’Eglise, et il la contempla. Le visage de la Sainte personne était encore plus livide qu’auparavant, et le la ressemblance d’avec sa fille aînée n’en devenait que plus certaine. A travers les souffrances grandissantes de la mère, Louis Vidal vit soudain les implorantes supplications de France, lorsque entraîné par le doigt du destin, il l’avait quitté. L’agonie lui rappelait l’espoir : laissant là son passé, Louis Vidal choisit la vie :
« Cap sur la Rochelle ! »