Les Carnets du dictateur, Célestine IV

Publié le par Jovialovitch


 

11 de octobre


     Au début du mois de juin, je quittais pour un mois Célestine pour l'océan (peut-être passais-je déjà à La Rochelle). Mais enfin ce qui me marquait surtout, ce fut cet air vif et nouveau qui d'abord me fatigua beaucoup, et puis auquel je me fis ; j'aimais cette odeur marine qui semblait venir du fond même de l'océan et cette violence bienfaisante qui vous ébouriffait et dans laquelle vous discerniez encore, le parfum de la plage. Je goûtai ainsi la volupté de cette côte à la fois paisible et tempétueuse car son architecture était façonnée par la colère des vagues qui se jetaient résolument sur les parois, qu'elles érodaient, des falaises d'où s'élevait ce bruit miraculeux plein de brutalité et en même temps mécanique qui venait se fracasser là et l'évaporer ensuite dans un échos apaisé qu'accompagnaient les transsudations aquatiques que le vent emportait jusque sur votre visage parsemé dès lors de perles scintillantes et chlorurées.

     Célestine ne me manquait pas et mes nuits d'insomnies se suspendirent. Comme je me promenais énormément au bord de l'océan que je pourrais décrire avec une ardeur mélancolique, j'en vins à l'associer à ma solitude. Mes promenades sur la plages inquiétaient d'ailleurs maman qui pensait que je m'ennuyais et insistait auprès de mon père pour que nous rentrions plus tôt de ces vacances. Le soir, j'écrivais des poèmes et une fois, une carte postale à Célestine. En vérité c'est maman qui me suggéra de lui écrire, pensant que j'étais trop timide pour l'évoquer et que je souffrais silencieusement de son absence cruelle alors qu'elle m'était sortie de la tête et qu'elle ne me manquait surement pas.

     Quand nous rentrâmes, Célestine était impatiente de me revoir. Je lui rendis visite et nous nous étendîmes comme à l'habitude sur son lit dont je regoûtais l'odeur délicieuse et le plaisir ancien de nos ébats. Je lui racontais mon séjour, elle parut satisfaite et ne me fit pas le reproche de ne l'avoir jamais mentionné. Après ce retour, je fus à nouveau épris d'elle, et violemment. Je retombai aussi dans mes angoisses la nuit ; je faisais des cauchemars affreux car je les faisais éveillé, et que m'apparaissaient des visions durant ces nuits désagréables où les effets de l'obscurité me faisaient penser qu'il n'y aurait plus de lendemain, et que je devrais souffrir comme emprisonné définitivement dans l'horreur, et enterré vivant. Mais lorsque à peine le soleil se levait, dans la clarté, je recouvrais la joie. Ainsi donc, j'étais fou de Célestine et j'insistais pour la voir tous les jours. Nous continuâmes de nous coucher ensemble et elle, me traitait toujours comme un fils tandis qu'elle restait ma mère. Mais je m'efforçais progressivement depuis à prendre le dessus sur elle, et du fils, je devins père et j'entrainais moi-même Célestine dans la profondeur et le circuit de notre amour, à travers le désir, la souffrance, la jalousie, la passion folle que je créais ; je conduisais sereinement Célestine où je voulais, sans même savoir où, dans l'innocence et l'instabilité ; je la sortais, nous discutions, je l'embellissait et au fur et à mesure, elle devenait plus froide, plus distante ; elle nous voulais pas de l'ascendant que je prenais sur elle, elle me résistait et je ne l'aimais que davantage. Je ne la quittais vraiment plus ; elle m'aimait sans doute mais elle voulait dominer aussi car ce n'était pas d'un mari qu'elle voulait, mais d'un fils, d'un fils rien qu'à elle dont elle pourrait s'occuper et lui donner le sein, ce fils que j'étais et que je cessais d'être ; elle ne voulait pas que je l'enlace, mais m'enlacer.

Je me gardais bien de m'en apercevoir...

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