Vie de Robert A. IV

La vie avec Noémie dura assez longtemps ; Robert changea tout son rythme de vie, il se levait beaucoup plus tard et de ce fait, ratait le lever du soleil, il avait presque totalement cessé de marcher et il n'écrivait plus. Les rares livres qu'il lisait étaient en fait consacrés à une réflexion sur son amour, ainsi il eut été bien ennuyé de dire jusqu'au titre même du livre. Par ailleurs, il aimait Noémie, et songeai à se marier avec elle, ce qu'ils firent mais bientôt Noémie dût partir pour l'Angleterre ; sa mère mourante l'attendait avant de s'abandonner, et Noémie, tomba dans un tel chagrin qu'elle ne put quitter sa terre natale et ne rejoint jamais son mari qui se languissait mais auquel elle écrivait tous les jours. Cette correspondance où Noémie priait Robert de ne pas venir et où elle indiquait qu'elle ne voulait plus le voir, mais qu'elle l'aimait profondément, où Robert insistait pour revoir Noémie à qui chacune de ses journées étaient consacrées, cette conversation se changea vite en des lettres amicales, plus qu'amoureuses ; Robert ne souffrait bientôt plus de l'absence de Noémie ; il était néanmoins anéanti car il savait qu'il ne devrait jamais revoir sa femme.
Pour autant Robert ne put reprendre sa vie ancienne, cette vie qu'il menait avant son mariage, dans la plus profonde solitude et la contemplation du lever du soleil. Au moment même où il pensait en avoir fini avec son épouse, il fit une violente dépression et pendant un an il resta totalement muet et plongé dans un mutisme total. Et puis il voulu se remarier ; il écrivait certes encore à Noémie et gardait encore espoir de la revoir ; elle le menaça plusieurs fois de ne plus répondre à ses lettres si il continuait de désirer cela. Et puis il commença à vouloir enseigner - il avait passé son agrégation à Paris avant son départ pour le Sud – ce qu'il fit ; il en tirât une profonde jouissance et se montrât d'ailleurs un excellent pédagogue et c'est à ce moment qu'il médita longuement sur l'affaire philosophique et qu'il s'apprêta à rédiger un livre. Seulement, en rentrant un soir de pluie intense, un soir de fin d'automne, chez lui, il apprit par une lettre qu'il venait de recevoir que Noémie était morte, qu'elle avait été gravement malade après son retour en Angleterre, et qu'à présent ses souffrances avaient cessé. Robert ne répondit pas au père de la jeune fille qui le priait de venir aussitôt assister aux obsèques de sa pauvre fille, il n'y alla pas et la mort de Noémie ne le toucha nullement. C'est ainsi qu'il n'assista pas aux funérailles de son épouse. Mais il dût souffrir beaucoup de ce choix car il reçu le lendemain une lettre de Noémie qu'elle avait sans doute rédigé peu avant sa mort où elle disait que son amour pour Robert n'avait jamais cessé mais qu'elle n'eut jamais le courage de le revoir car elle avait tant changé depuis son départ et cela la faisait souffrir atrocement.
A cette époque, Robert déménagea dans un petit appartement proche de l'université où il n'avait cessé d'enseigner depuis. Il avait renoncé à écrire son livre mais se remit à lire énormément (il allait pourtant bientôt s'interrompre complètement), aussi allait-il souvent au cinéma. L'enseignement lui avait fait un effet bénéfique, il avait développé sa théâtralité et son talent oratoire qui devint bientôt génial, aussi se fit-il à cet instant, remarqué des jeunes filles qui venaient l'applaudir. Devant cette fascination féminine d'où émanait toute l'ardeur et l'hystérie de ces jeunes filles en fleur, dont il pouvait apprécier les transports depuis sa chair, il eut l'idée baroque, et aussi le phantasme fou d'enfanter chacune de ces femmes au rythme de une par jour, parce qu'il l'avait lu dans Schopenhauer. Il se ravisa bien vite et oublia cette extravagance, néanmoins il en enfanta une, et ne fit que coucher avec les autres...