Aïdigalayou disparu

Aïdigalayou crachait du sang et souffrait énormément d'une maladie à laquelle ses médecins n'accordaient guère d'intérêt, ne serait-ce parce qu'on ne su jamais véritablement ce qu'elle était ; simplement son estomac le faisait souffrir et un mal de tête permanent se faisait sentir et sentir à nouveau comme des claquements de fouets incessants dont le son même provoque l'effroi et la douleur la plus totale. Aïdigalayou se soignait mais était extrêmement fatigué, sa souffrance physique l'éprouvait certes, mais n'était rien à coté de la mélancolie sombre et souterraine dans laquelle il sombrait avec comme seul compagnon ce sonnet fameux du XIXème¹, désormais oublié, qu'Aïdigalayou avait appris par cœur et se récitait inlassablement dans son exil physique et cérébral.
On apportait à Aïdigalayou étendu sous de chaudes couvertures malgré lesquelles ses membres ressentaient le froid extérieur – ce qui était normal car son lit donnait sur la fenêtre de sa chambre - qui avait frappé brutalement le pays, on apportait donc à Aïdigalayou une tasse de thé brûlante qui en pénétrant dans sa gorge lui faisait un bien infini parce qu'il repensait en cet instant délicieux et de répit, à cette fille à laquelle il n'avait rien demander et de laquelle il n'avait rien reçu. Une femme dont chaque gorgée de thé rappelait l'existence, une femme qui avait été à ses côtés et qu'il n'avait plus revue depuis cinq ans, mais dont il était encore épris bien que ce fut tardivement ; il avait toujours avant passé près d'elle inaperçu. Il avait néanmoins voulu lui parler, mais il était tombé malade et l'on considérait ses jours en danger.
Sa souffrance était telle que chaque matin, à son réveil, il marchait un peu dans sa chambre d'un pas saccadé, et en faisait le tour, passait devant la cheminée crépitante qui lui prodiguait une bouffée frontale d'air chaud semblable aux émanations brulantes de sa tasse de thé, sentait ensuite un froid pétrifiant, quand il avait dépasser la cheminée et qu'il se trouvait face à la petite fenêtre qui se situait sur le côté de sa chambre et devant laquelle il pleurait à chaudes larmes, espérant peut être apercevoir au travers des flocons et sous le ciel rosé, cette fille, passant-là, légère, avec, parsemé de flocons, son parapluie du même noir que ses yeux, avec son pantalon serré et ses petites chaussures éclaboussant à chaque pas sautillants qu'elle exercerait délicieusement. Rien que pour voir son empressement sous cette neige blanche de l'hiver, il aurait donné sa vie, et il aurait sans doute auparavant invité la jeune fille à se réchauffer auprès de sa cheminée scintillante devant laquelle il repassait d'ailleurs à cet instant, échappant les dernière larmes de ses yeux tout gelés encore de la froideur pénétrante des carreaux fuligineux, jusqu'à son lit où il attendrait sa tasse de thé qu'à huit heures et demie on ne manquerait pas de lui servir avec un médicament ; seulement ce jour, Aïdigalayou se rendormit et parut faire un rêve long d'un siècle ; il marchait dans une rue qui lui était connu, puis arrivait sur une place et là, vers un arrêt de bus, il y avait la jeune fille, du moins son visage, si belle, immobile qui ne le voyait pas et semblait avoir le regard perdu dans ses pensées (dans un songe ?), et lui ne faisait que la regarder ; hélas, il passait devant elle comme si ses pieds étaient sur des roulettes et ne pouvaient s'arrêter, n'en n'avait pas le pouvoir, et ne voyait bientôt plus qu'au loin le visage délicat de cette femme, image qui acheva son rêve car on lui apportât son thé qu'il accueilli avec un visage apaisé et souriant, encore humecté par les larmes, alors qu'on le croyait jamais aussi près de la mort qu'à cet instant bouleversant. « Devinez quoi Françoise, dit-il, ce qui augmentât la perplexité, je suis guéri ! »
Malgré quelques rechutes, sa guérison physique s'annonça effectivement et dès le printemps, son ardeur revenue, il quitta sa maison et Françoise, mais on ne su jamais ou il alla, car nous ne retrouvâmes plus jamais de trace d'Aïdigalayou.
¹ Le Sonnet d'Arvers. (Note du traducteur)