Journal de Madame Gaïa

Publié le par Jovialovitch

       
       
Beuh… ça me donne envie de pleurer !... de fondre en larme et puis voilà… Quelle poisse, pouah ! Déveine suprême !... J’en tremble des plaques tectoniques… j’en chancelle de l’axe de rotation… de la fièvre, histoire… Non, sûr, j’en ai bavé dans ma vie, mais alors là, je dois dire, c’est beaucoup ! Un météore dans la tronche, passe encore : on s’en remet toujours… mais là, nom d’une planète tellurique, j’en crois pas mes atmosphères ! Par la voie lactée, quelle sacrée peur bleue !... Je suis positivement sidérée !

        Ben, c’est-à-dire que depuis quelque temps, je me sentais un peu bizarre. J’avais comme qui dirait des picotements sur la croûte terrestre… ça me gratouillait. J’en ai parlé avec Stéphane Pluton, le petit, là. Il m’a dit que lui, y’as pas longtemps, il avait chopé une pneumonie (l’est frileux, paraît-il) et qu’il connaissait un toubib pas mal. « Ah oui ! Vraiment, sympathique et tout ! » Bon ben moi, je l'ai appelé ce toubib là, et je lui ai dit mon souci, comme quoi, que ça me chatouillait partout sur le corps.  On a pris rendez-vous ; il m’a ausculté, le docteur, bien sympa, d’ailleurs, poli et souriant, tout comme Pluton il avait dit l’autre jour. Il m’a fait dire « trente-trois », et tousser un bon coup. Après que je me sois rhabillée (j’avais mis un beau complet bleu), il m’a dit qu’il allait pas y aller par quatre chemins. Alors moi, j'y dit d’emblée que j’étai prête à entendre la vérité, et pis que j’étais vaillante. Alors il a pris une voix bien grave et il m’a dit que j’étais malade. « De quoi ? » que je lui demande, comme ça, penaude... « Madame Gaïa, vous êtes malade de la Vie ! »

         C’est bien simple : je me suis effondrée. Ah ! Quand même, nous autre, les planètes telluriques, la Vie, c’est ce qu’on redoute le plus ! C’est vraiment l’horreur ! Y’en a plein qui en meurt, et puis ça se soigne difficilement. Alors le médecin, il m’a fait comprendre que j’avais plein de petites bestioles, partout sur le corps, des bactéries en somme. Mon cas est inquiétant : je suis infecté par des millions d’espèces, certes, mais surtout, j’ai un virus mutant (et civilisé) qui s’appelle l’Homme, et qui m’a contaminé. Le docteur, pour sûr, il a été clair : « L’homme est l’un des virus les plus dangereux que l’on connaisse. Il se crée sur votre peau, chère madame, et il vous pompe toutes vos ressources. Il vous gratte, il vous pourrie la croûte terrestre, il vous pollue la vie. Ces petites bestioles sont en plus très résistantes, et d’une diabolique intelligence. Encore quelques millions d'années, ma chère, est vous serez morte, un désert. Ce genre de virus, ça ne fait pas de cadeau. Monsieur Mars en a été infecté. Il s’est battu, contre eux, mais de chimio en chimio, il ne reste plus grande chose de lui. Alors écoutez-moi bien : il va falloir être forte, hein, il va falloir vous battre, et gardez le moral ! Ensemble, on va les avoir, ces microbes ! Hein ! » Ah ! Pour sûr, il m’a remonter le morale le toubib… Il m’a dit que j’aurai du me faire dépister, que j’aurai du être moins gourmande en soleil, et tout, que toute de même « j’étais un peu ronde, que c'est pas pour dire, mais je devrai faire attention »…

         Je suis prête à tout endurer ! Mais je veux guérir ! Je ne peux pas admettre qu’il ne me reste que quelques millions d’années à vivre. Je ne peux pas !... je suis trop jeune, il me reste trop de révolutions à faire ! Et puis j’aime trop la vie ! Je ne peux pas laisser la lune toute seule ! Je dois me battre, et je dois survivre !... et je survivrai ! Ce ne sont pas ces quelques milliards de microbes qui m’auront ! Ah ça non ! Ils vont voir ce qu’ils vont voir ! Je vais leur rendre la vie dure, les salauds ! Germaine Gaïa n’a pas dit son dernier mot !

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Publié dans Journaux intimes

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C
Puisses-tu dire vrai...
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