Journal d'un esprit plein de contradictions

Publié le par Jovialovitch

     Une nuit qu’il faisait jour, le soleil noir d’un été d’hiver vint chauffer tristement ma peau de sa radieuse froideur aigre-douce. Devant cette sublime ignominie, je me hâtai avec lenteur de rester immobile (seule façon de se mouvoir) et je m’abritais dangereusement sous le masque ridé et non vieillis d’un silence éloquent, que j’espérai assourdissant. Mais il n’en était rien. Une cruelle joie m’envahit pacifiquement ; le silence pesant de l’échec retentissant s’abattait sur moi. Saint Diable ! Ce jeune vieillard, ce nain géant, ce Micromégas : le Soleil… voilà que je le haïssais amoureusement ! Ah !... je n’étais plus un ver de terre amoureux d’une étoile ! Mon immortelle passion pour le soleil était défunte ! Vaine calembredaine ! L’astre obscur et détestable cachait sûrement derrière son rugissement mélodieux en forme de silence houleux, quelques splendeurs invisibles qu’un violent paradis peuplé d’anges glacés de flammes, ne me permettait pas de toucher avec mes yeux ! C’est donc un borné sans limite, ce soleil de nuit, c’est une lune de feux en molle éruption, rien de plus !... J’entendais dans mon cœur s’écrouler sourdement cette apothéose ; je me délectais bien de cette souffrance, où chantait gaiement la muette douleur de mon âme. Et de ces hautes profondeurs, je chutais tout à l’horizontal, rejoignant l’azur vert de ce ciel purpurin, où le soleil avait mit son pyjama, et où plu rien n’était comme avant !...

         Funeste bonheur !... Le lendemain, dès l’aube, dans ces matinées nocturnes où noircit la campagne, une aube affaiblie versait par les champs les vespéraux rayons du soleil levant ! Certes oui, le bon petit diable revenait encore, glaçant mon sang de mort-vivant avec fureur, réalisant mon plus beau cauchemar. L’aurore crépusculaire me souriait sinistrement  de sa belle figure laide en clair-obscur, et je comprenais que mon meilleur ennemi prenait plaisir à servir ma misère. Dans l’éternité éblouie de ces secondes d’amertume, je sentais se déverser dans mon âme desséchée la folle envie d’éteindre le soleil et de faire rayonner la nuit ! Qu’un déluge s’abatte sur l’astre luisant ! Qu’on en finisse du soleil ! Je rageai sagement, bêtes humaines que j’étais ! Je voulais un soleil renfermé sur lui-même ; une mariée noire comme un corbeau blanc : sans rayon, sans chaleur ! Toute sa lumière, dans sa généreuse avarice, me paraissait luxe dégoûtant et fanfare atroce ! Qu’il taise son éclat ! Que mes yeux ne l’entendent plus ! Que son crescendo lumineux fasse silence, et qu’un zénith de nuit survienne ! Je vivais à mourir ma haine entichée, j’étais un poisson noyé, un avion sans ailes, un Dracula berchu : la lumière ne s’éteint plus !

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Publié dans Journaux intimes

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