Fafouette : trente-quatrième - Les infemmes

Publié le par Jovialovitch

    La nouvelle, terrible, affreuse, âpre et insupportable, est tombée hier soir, et j’imagine que la partie masculine de mon auditoire l’a accueillie avec la même consternation et l’identique stupéfaction qu’à l’annonce de la disparition du génial Alexandre Soljenitsyne, ou pire encore, de la poignante élimination d’Hayder de l’aventure Secret Story. Les temps semblent difficiles, parbleu. Notre époque est rude, disons-le ! Car hier soir, vous disais-je, mais sans doute le savez-vous déjà, une information de première importance a frappé de son sceau de fer le visage vacillant de l’humanité. Le monde entier, blême et suffoquant d’étonnement, des plissements enneigés de l’Himalaya jusqu’aux platitudes vaporeuses de Wallonie, ne peut en croire ses oreilles et flageole tout oppressé  d’un effarement sans borne. Dans les plus intimes méandres de leur cœur brisé, dans les plus profonds tréfonds de leur âme déchirée, tous les hommes, du plus obtus au plus brillant, sentent hurler le beuglement sourd de l’espoir assassiné, tandis que leur bouche bée ne laisse place qu’au silence de l’incompréhension, et que leurs pupilles frappées de mélancolie, ne tissent plus comme seule toile larmoyante que celle de la fatalité ! Combien de gouttes de sueur, de sang  ou d’anéantissement suicidaire ont sombrement coulées en cette nuit blanche d’amertume qui débouche, lente et sinistre, sur un jour pâle et cruel, où semble-t-il, plus rien n’a de sens ? Car en effet, hier soir, encore et toujours cette maudite veille tardive, les hommes, devant l’histoire et l’éternité, apprenaient la plus terrifiante nouvelle qu’il se puisse entendre, et c’est en touchant du doigt le summum de la souffrance humaine que je vous la répète ici avec des trémolos dans la voix, mes chers élèves, mes chers ouilles chéries que j’aime plus que tout au monde : les femmes, mes amis (oui les femmes, ces nobles, ces chastes, ces sublimes créatures, c’est bien d’elles qu’il s’agit !) les femmes, tenez-vous bien… les femmes, mes frères mâles… les femmes… oui, vous devez le savoir… les femmes… on le sait maintenant, et voici, les femmes… Ah !... que de douleur atroce… pauvre de moi… en vérité, voici : « les femmes feraient caca ! » 

      Rhââa !... Comble de désolation ! Horreur et putréfaction ! Non, je ne puis le croire !... Serait-ce la vérité ! Seigneur, j’aurai bien du mal à le supporter ! Les femmes ! Les femmes, faire caca ? Ah ! Horreur ! Ô rage ! Ô Désespoir ! N’ai-je donc tant vécu que pour cette infamie ? Cette information nous vient… d’un laboratoire américain… Ils ont fait des expériences… sur des femmes… et ils ont en déduits qu’elles faisaient caca !... C’est une information à prendre au conditionnel, mais le degré de certitude est très fort ! Nous en sommes presque certains : les femmes, ces êtres si beaux, si purs, chef-d’œuvres du genre humain, vivantes statues de chair aux clarté éternelles, éminents et célestes astres de nos cœurs, perfections fardées de mystère et de brillant, amantes musés d’égéries immortelles, nénesses chatoyantes qui danser sur le trouble fangeux de l’absurdité, choses enjôleuses d’un autre monde, coquette finesse du visage et du corps, douceur et légèreté d’âme sans borne, cheveux bouclés qui larmoyés sur les regards de spleens et d’odeurs paradisiaques, vous, si belles, Esmeraldas d’ardeur et d’achèvement, vous, si célestes, falbalas de toquade et de grâce, vous, si divines, Vénus et Aphrodite de notre nullité dionysiaque, vous, femmes, vous faites caca !? Mais alors… à quoi bon vivre en ce monde de désolation ? Mes chers élèves, je vous le demande : à quoi bon vivre ici bas !?

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Publié dans Fafouette enseigne

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