Les Carnets du dictateur, La Rochelle, petite salope

15 de juillet
Me voilà donc condamné. On a prétendu bien complaisamment me juger sur cet assassinat dont on a d'abord voulu m'accuser avec une mauvaise foi évidente, celui d'avoir tuer ma malheureuse dulcinée, après quoi la plaidoirie a dévié sur des crimes passés qu'on a honteusement qualifiés de « contre l'humanité » (!?) alors que ce ne sont que quelques bêtises insignifiantes, et disons-le, sans gravité aucune. Je m'interroge même si l'on est en droit de les qualifier de « crimes ». Mais cela n'est pas le sujet. C'est néanmoins pour ces fielleuses considérations que je me vois dans l'obligation de m'insurger à la fois contre cette parodie de justice qui me reproche des choses dont chacun se fout éperdument et contre un jugement qui me condamne alors même que je suis tout ce qu'il y a de plus innocent dans la mort de ce pauvre être qu'on accable autant que moi et ce au nom de la société ! Me voilà donc condamné, paisiblement, jusqu'à ce que mort s'en suive. Je n'en démords pourtant pas si vite : je le clame, comment aurai-je pu éliminer l'être le plus cher et le plus poignant que ma vie d'errant ne m'a jamais permis de rencontrer ? Effectivement, c'est de la pure science fiction !
Chacune de mes journées dans ces cachots humides me consternent un peu plus ; toute ma pensée est tourné vers ma Dalila, ma Marguerite, ma Hélène que la mort a ôté de mes bras enlacés. Et cette subite disparition me captive toujours, elle me hante car il me semblait que le bonheur que nous avions atteint n'avait peut être aucune transcendance équivalente et susceptible de croître. Je remarque malgré tout une tristesse qui nimbe mon âme tourmentée mais qui ne m'est, chose étrange, pas infinie. Cela provient sans doute du fait que je garde en moi un souvenir si exquis, si brûlant, que mon cœur s'en trouve perpétuellement ébloui et consolé.
Mon état n'est guère formidable ; je suis d'une grande faiblesse et l'ennui me ronge comme l'acide, profondément si par hasard j'oublie de me souvenir, de me souvenir de ma compagnie féminine, la seule qui j'eus la chance de connaître, qui s'éloigne de plus en plus malgré mes supplications divines et mes adjurations répétées que j'adresse tout spécialement au Créateur, car il ne se fait rien de mieux. Pourtant il ne répond pas le bougre : je lui ai dit combien de fois que j'étais ouvert à des négociations, etc. En vérité, je préfère me noyer dans l'alcool, dans le gin et le picon bière qui au moins exaltent mes sens et les vertus humaines jusqu'à l'accomplissement de soi, chose à laquelle je tiens beaucoup. Peut-être aura-ce été la grande affaire de ma vie ?
A cette heure-ci, alors que le soleil semble se coucher dans ses lueurs orangées qui produisent chez moi une odeur toute particulière, il me semble respirer les tièdes souffles du corps de mon amante qui tangue devant mes yeux oscillants, à l'abandon. Je tressaillis tandis que je sens passer furtivement sur mes joues de fines larmes qui me pétrifient de honte. En réalité, je peux le dire, je dois le dire, je...il me faut le concéder pour mon salut,......j'ai.....j'ai menti......oui, je suis accablé par les remords,......la culpabilité, je suis coupable,.......comment ai-je pu lui faire ça, à ma bien-aimée ?......me pardonnera-t-elle ?.......car oui, je le regrette, mais.........c'était mieux avec elle,.....avec La Rochelle !