Les aventuriers du Cercle Carré
«Viens vite Saïd ! Nous n’avons plus le temps ! » « Oui, professeur Smith, j’arrive ! » C’est ainsi que le professeur Smith et son fidèle compagnon Saïd s’engouffrèrent dans le temple de la lune, poursuivis par une horde dangereuse et sanguinaire d’indigène cannibales sortis de la jungle, qui comble de désolation, pratiquaient le naturisme le plus débridé ! La course-poursuite promettait d’être palpitante, et risquée ! Les odieux nudistes nègres envoyaient aux deux nobles archéologues occidentaux des flèches empoisonnées, et des pierres ! « Ils nous faut les semer si nous voulons avoir une chance de nous en sortir, Saïd ! » « Oui, professeur Smith, mais comment faire, je vous le demande !? » répondit Saïd, dont le caractère résolument pragmatique ressortait dans n’importe quelle situation, même les plus périlleuses ! Et en effet, le professeur Smith ne savait comment se débarrasser de cet infâme troupeau de primitifs bedonnants, qui coûte que coûte, étaient à leurs trousses. « Ciel, ils ne nous aurons pas ! clamait-il en courant. Je n’ai pas traversé les Terres de feu, les lacs du Connemara, la vallée de la Mort, la baie d’Hudson, le mer de Béring, le détroit de Gibraltar, la plaine du Pô, la péninsule du Kamtchatka et les vertes prairies du Cantal pour me faire tuer misérablement, écraser par une bande désorganisée d’imbéciles analphabètes ! » Mais ceux-ci ne l’entendaient pas de cette oreille. Ils semblaient même s’approcher. « Il nous rattrapent, professeur Smith ! » hurlait Saïd, terrifié.
Mais là, le professeur et son compagnon rentèrent dans une sorte de couloir… Il était de brique et de pierre. Il y avait quelques lianes sur le côté, ainsi que des torches qui éclairait l’ensemble, sinistre et inhospitalier. Aussi, les poursuivants s’arrêtaient-ils brusquement. Il semblait qu’une loi décalogue leur interdisait de rentrer. Ils semblaient effarés, conscients d’un malheur atroce pour tous ceux qui pénètreraient dans cet endroit du temple. Le professeur était satisfait de ce retournement de situation inattendu : « Bande de fillettes ! » Mais Saïd n’était pas rassuré : « Professeur, qu’y a-t-il au bout de ce tunnel ? » alors, tout en s’enfonçant plus loin dans ce sombre couloir, le professeur Smith prit sa voix le plus grave, le plus mystérieuse, et parlant plus bas, nimbant toute sa personne d’un mystère épais et effroyable, il expliqua lentement, pas après pas, qu’au bout de ce tunnel se trouvait l’objet de sa quête arthurienne et initiatique : le Cercle Carré !
« Le Cercle Carré ? reprit Saïd, mais c’est un objet légendaire professeur ! » « Ah ! Mon cher Saïd, le Cercle Carré existe bel et bien ! Et c’est moi qui le trouverais ! Regarde, on s’approche de la fin du couloir ! Le Cercle carré est ici ! Te rends-tu compte du privilège qui est le tien, Saïd ? Tu vas voir l’objet le plus désiré de toute l’histoire de l’humanité ! M’entends-tu ! Plus que le Graal, plus que l’Arche Perdue, plus que n’importe quel Crâne de Cristal ! Le Cercle Carré, le seule chose qu’un esprit humain ne peut pas imaginer : nous allons la voir, la tenir ! Le Cercle Carré qui cache dans ses formes inconnues, le sens même de la vie ! M’entends-tu, Saïd, c’est le plus grand pas de toute l’épopée humaine que nous allons accomplir ! Ne sois pas effrayé ! Goûte à ta chance, unique !... et sache que ton nom sera dans les encyclopédies du monde entier, associé dans toutes les langues de la terre à la plus importante découverte, depuis l’héliocentrisme de Copernic, l’Evolution de Darwin et l’Inconscient de Freud ; celle du Cercle Carré ! »
Là-dessus, le professeur glissa misérablement sur une liane desséchée. Glissant, il se fracassa la tête contre une brique posée derrière lui. Il mourut sur le choc. Effrayé, Saïd repartit vers la sortie, et fut finalement mangé par les cannibales. Ceux-ci avaient encore une fois réussi leur coup, le Cercle Carré n’était pas prêt d’être découvert.