Lettre ouverte à ma Belle-mère
Croqueuse cloche, glapissante sans souffle et sans renard, je vous emmerde ! Du bout des doigts, je vous encule ! M’entendez-vous ? Et rien ne m’en empêchera, surtout pas votre pâle figure de vieille chouette moche ! Ah, ça non ! Comptez-y ! Sachez-le, carne carogne, ridée billée, jaunissante injure humaine, railleuse et sournoise au possible : moins je vous voit, mieux je me porte ! Et pourtant, devant les champs de blé du paradis, je veux vous voir et vous revoir encore et toujours, rien que pour vous faire chier ! C’est ça la haine ! Morue infecte ! Fieffée fadasserie sans goût sans saveur, âcre et âpre ! Pouah ! Allez-vous faire foutre ! Au profond ! Badaboum ! Poisseuse poissarde ! Et allez-y : persistez, persifleuse, avec vos grandes attitudes ! Mâdame !... Châtiez-le, votre langage ! Elevez-la, votre stature, mesquine ! Rien à foutre ! Frottez-vous la planche tant que vous voudrez ! Pouffiasse ! Vous sentirez toujours la méchanceté à pleine narine ! Je vous le dis, grêle dame de la halle : vous trônez dans l’azur comme une pie-grièche ! Rien d’autre ! Un pisse-vinaigre, que vous êtes ! Junon ! Harpie ! Hérisson ! Hop, dans la ciboulot ! Charogne ! Bigre Rébecca !
Voyez où que j’en suis, Maritorne ? J’en suis à bout ! A bout !....du rouleau, de nerfs, de la nuit ! Total ! Vous me faites chier, belle-mère ! Vous me les gonflez ! Vous me pompez le jonc, sorcière ! Je n’en peux plus ! La paix ! Entendez-vous ! La paix ! Je veux la paix ! Je la veux sur moi, là, tranquille, toute étendue, avec votre fille, ma mignonne, ma toute belle, ma toute aimée, ma gentille. Je la veux comme une couette, la paix, comme un drap tout doux ; de la soie, que c’est la paix ! Une jolie couette, bleu azur ! C’est ça, la paix ! Et je veux y rester avec ma femme votre fille, sous cette suavité cotonneuse !... Des nuits entières, des matinées bien grasses, des après-midi d’hiver ! Là, tout bien, au chaud, blotties, tout doux, l’un contre l’autre, sous le cachemire : câlins, caresses, cadeaux…. Sans vous ! Ah oui ! Sans vous ! Juste elle et moi ! Voyez : je largue les amarres ! Votre progéniture, c’est plus votre fille, c’est ma femme ; alors lâchez moi le bonbon ! Que ce soit bien clair entre nous ! J’en peux plus de votre gueule ! Je peux plus la voir ! Ni l’encadrer ! Elle me fait vomir ! Déglutir ! Dégueuler ! Elle me donne la chiasse ! Paf ! Je m’amaigri de jours en jours… Je me déshydrate ! Alors partez ! Bien loin, las bas ! Oui, c’est ça las bas ! Sur la ligne de l’horizon ! Ah, pour moi, le bonheur, c’est ça ! L’extase céleste ! La vibration qui frétillerait joyeusement dedans mon cœur à cent à l’heure, la roulement de tambour permanent qui jaillerait du fond de mon âme : vous voir, sur un coucher de soleil, à l’africaine ! Un gros soleil, bien rond, tout courbe, comme une pomme, qui s’en irait, comme ça, vermeil, derrière l’horizon… sans rayon, sans rien, juste lui, avec un ciel, tout triste et des nuages abricotée tout étendues, qui défileraient immobiles autour de lui. Et puis devant cet astre lumineux, couchant, mélancolique, qui se meurt lentement, qui fait venir derrière lui les étoiles de la nuit, devant ce vieux soleil fatigué, dans une belle aurore inversée à la pétersbourgeoise, y’aurait vous, toute petite, toute minuscule, sur la ligne de l’horizon ; votre ombre, votre silhouette, rien qu’elle, qui tremblerait nerveuse à cause de l’astre, juste derrière elle. Et là, moi, avec ma chérie, je vous verrai, petit à petit, vous enfoncer derrière la ligne de l’horizon… et voilà. Pouf ! Vous seriez plus là… hop, un vieux souvenir, la vieille morue ! Une image dedans ma vie intérieure, mon égérie mégère !...