Les Carnets du dictateur, trente-deuxièmes préludes

Publié le par Jovialovitch


15 de avril

 

            Rien de ce que j’ai vécu n’existe à mes yeux. Rien de tout cela ne peut être la vie. C’est autre chose ! Car pour la première fois ce matin même, je sentis sur moi déposée la délicate liberté. De l’innocence, du devenir. En vérité, je crois que je n’ai plus peur. Plus peur de rien. D’étranges rêves j’ai fait jusqu’à ce qu’advienne ce jour de Grâce de cette année où enfin, l’aube semble différente. Mais quelle vie ai-je traversé jusqu’à aujourd’hui ! Voilà bien un comble pour un dictateur de vivre dans la peur ! Dans la peur qu’il suscite ! Et pourtant. Mais en général, les gens ont une mauvaise opinion des dictateurs. Rarement fondée. Ils exècrent les dictateurs mais ne reconnaissent pas leur courage, leur vaillance, leur sang-froid, bref leur force, leur conviction. Que ces Carnets servent de témoignages aux générations futures, (qui n’osent d’ailleurs même plus se lancer dans une carrière de despote, tellement qu’ils sont gavés, qu’ils sont sans initiatives, sans rien.) il n’existe nul métier plus formateur que la dictateur. Mais bien brave celui qui y arrive. Bien robuste celui qui ne flanche pas. Combien ont essayé sans réussir ? Adolphe, tiens. Un mauvais dictateur, assurément.

            D’un autre côté, je me demande si cela est bien d’inciter les jeunes à devenir dictateur. Ils sont irresponsables. Ils n’inspire que du dégoût ces jeunes. Enfin, si parmi eux il y en a un sûr de lui, j’dis pas.

            Aux abords d’une brumeuse forêts de pins, je senti soudain ma quête épique m’habiter, que dis-je m’apparaître, m’éblouir. Il fallait que je trouve ma promise à présent. Passage obligé de la vie. Tout dictateur se doit de trouver sa dictatrice. Pas fautes d’avoir essayé, remarque. Que des trop démocrates ! J’arrivais ainsi dans un petit village au demeurant fort accueillant où l’on vit encore en hommes libres. Cela tombait bien, je l’étais. A une taverne un peu reculée, je fis halte. Je remarquais rapidement un vieil homme, au fond de la salle principale qui m’épiait, certes, sans grande dissimulation. Il vient alors à ma table. « Marcel, s’annonça-t-il, Président de l’association des dictateurs retraités. » « A quelle bonne surprise ! » je le saluais avec ferveur et fière sympathie. Il m’invita à sa tablée et me présenta des membres de sa communauté. « Mais, excusez cette indiscrétion, mais, que faites-vous là ? » m’interrogeât le vieil homme moustachu. « Eh bien je joue aux homme libres ! dis-je ne riant.  Non, en fait, je poursuis mas quête épique. » Les visages acquiescèrent. On me fit déjà savoir que je serais naturellement le bienvenu dans l’association lorsque l’âge s’y prêtera. « Merci messieurs, bien qu’il faille encore que je cotise un bon bout de temps avec ces histoires de retraites. » répondis-je. « La conjoncture ! fit le vieux à la moustache, que voulez-vous ! » Ah c’était certain, j’en ai pour un sacré nombre d’années, moi. Enfin parfois je ne peux pas me plaindre de mon boulot. Et puis je suis solidaire, c’est finalement fort élégant. C’est alors que je me sentis à nouveau imprégné de cette soif épique. Je pris congé du groupe. On me souhaita bonne chance. Je laissais ainsi derrière moi le village humide des pluies de la veille. Bientôt serais-je aux portes de la ville voisine. La majestueuse. Sûrement allais-je là-bas la dénicher ma dictatrice, ma si belle prétendante, my love….. Car, me voici !

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