Journal d'un sociologue des Ch'tis

Publié le par Jovialovitch

        « Bienvenue chez les Ch’tis » On entend plus parler que de ça !... De partout ! Dans les rues, tout le monde en cause, au bureau chaque collègue te surnomme Biloute, et à la maison, on n'oit plus que cet accent braillard et vulgaire, d’où pointe trivialement des termes insupportable de prosaïsme, issus d’un écru patois décadent et rustique. Et bien moi, lâche et veule que je suis, spectateur sans force ni volonté, ne possédant pas une once de robustesse et d’indépendance, ni même un certain mépris bien naturel à l’égard de l’obscène flopé bedonnante qui se précipite convulsivement pour mirer ce film vraisemblablement lourd et indigeste… je suis allé la voir !

     Je pourrai maintenant m’en repentir… Je pourrai m’auto flageller… Je pourrai creuser ma tombe ultime avec mes dents, et m’y ensevelir de honte pour la nuit des temps… Je pourrai faire cela : et je le ferai au nom de la comédie de la vraie, de la pure, de la grande !... Chaplin, de Funès Keaton, Bourvil, Panthère rose Monthy Python, et autre Jean-Luc Godard ! Mais vois-tu, cher journal, que ce soit au nom d’Orson Wells, de Stanley Kubrick, de François Truffaut au de Bernadette Soubirous, je ne le ferai pas ! Car ce film,  aussi pataud, aussi terriblement balourd qu’il soit, n’en est pas moins l’une des plus grandes œuvres cinématographiques de tous les temps, et pourquoi ? Parce qu’il montre comment fonctionne les sociétés humaines rentrées dans la modernité !

      Laisse-moi donc t’expliquer mon propos, cher journal, au lieu de frétiller ainsi d’indignation ! Car voilà qu’assis sur mon siège rouge, en plein milieu d’une salle pleine comme un œuf d’un essaim populeux crevant sous sa propre multitude, apparaissait sur la toile blanche : l’image, le film, les acteurs, la musique, et surtout, ô combien surtout : l’analyse sociologique ! Car que raconte ce film ? C’est bien l’histoire d’un agent économique, soudainement plongé dans une société qui n’est pas la sienne (et pour des raisons qu’un français sur 3 connaît désormais)… Tout est là : les valeurs les normes, la langues, les traditions sont différentes… Rien n’est pareil pour ce qui est au bout du compte, un déraciné ! Tout est apprendre pour lui ! Et ce film phénomène, n’est donc plus seulement le premier dans le classement du box-office français, il est aussi très haut dans celui des meilleurs films de l’histoire du cinéma selon l’American Film Institute ! Car tout ce film, sous les apparats trompeurs et grasseyants de la comédie nous raconte, tenez-vous bien, tout le processus de socialisation, et à terme, celui de l’intégration !

        Pendant tout le film se construit lentement une cohésion sociale à l’intérieur de la Poste : le héros réassimile les valeurs du monde dans lequel il évolue, et le lien social se tisse, se construit peu à peu ! Le film montre le lieu de travail et la baraque à fritte comme des instances d’intégration incontournables… Il se construit une solidarité organique entre chaque membre de cette poste, basé initialement sur un rapport de domination marxien, prolétaire/bourgeois. L’œuvre se montre donc partisane chevronné d’une vision où la division du travail smithienne a des répercussions sociales considérables… Et tout cela sans tomber dans l’anomie ou la déviance, l’ostracisme ou le rejet de l’autre ! Il s’agit donc d’un pur chef-d’œuvre, peut-être un peu naïf, qui en plus de mériter son succès historique, nous fait comprendre que Dany Bonn a lu Durkheim !

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Publié dans Journaux intimes

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D
J'avais rarement ri!<br /> J'ai adoré ce film, toi aussi j'espère.<br /> <br /> Toutefois je ne comprends pas que les représentations au cinema aient eu autant de succès.<br /> <br /> Pour moi le meilleur film français reste les Visiteurs avec la fripouille. <br /> <br /> Gros bibi.
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L
Vu qu'il est dépressif je pense qu'il a également lu "Le suicide" du même auteur :o)
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