Amour, Passion et Chasseur Français

Publié le par Jovialovitch

        Dès le départ, Michel avait compris que ça allait chier. Que ça ne serait pas de rigolade. Qu’il allait passer un sale quart d’heure. Non pas qu’il allait se faire taper sur les doigts. Mais plutôt que les choses allaient se compliquer, avec la froideur funeste et implacable de ce qui ne s’évite pas ; quoi qu’on fasse. Voilà le sentiment que lui inspirait le glaçant « Michel, faut qu’on parle ! », que lui avait adressé flegmatiquement sa récente compagne, Nicole. Alors, comme on fait dans ces cas-là, il est allé dans la cuisine. Elle y était. Elle l’attendait, pour parler, naturellement. Il s’assoit en face d’elle, penaud, gêné, en singeant de penser à autre chose, de faire celui qui ne repère dans l’attitude de sa conjointe un problème véritable.
        Tandis qu’il s’évertuait maladroitement à regarder un coin de la cuisine, en faisant mine d’être fasciné par quelque insupportable défectuosité murale issu de son imagination, Nicole, commença par dire son nom, en prononçant un Michel lent, faible, presque inaudible. Alors Michel cessa de jouer celui qui regarde avec attention quelque chose, dans le but de se donner une contenance, et regarda immédiatement le visage  amer de Nicole. Un long silence s’en suivit. Michel, vraiment ne comprenait point le sens de cette cérémonie conjugale solennelle, et attendait avec impatience que ça finisse, il avait le Chasseur Français à finir, que diantre. Nicole, s’approcha, et dit, d’une voie sépulcrale : « Michel, je voudrai te dire que depuis le début de notre histoire, je me sens bien, que je t’aime vraiment, et que je pense que tu étais quelqu’un de bien… » Malgré ce discours relativement favorable, Michel ne se sentait pas rassuré. Elle déblayait le terrain, elle le ménageait avant de lui dire le fond de sa pensée. Le pauvre homme la regardait maintenant avec des yeux craintifs.        
       « Le problème, tu vois, c’est que je trouve trop gentil. Dès que je te dis quelque chose, n’importe quoi, tu le fais, dès que je veux quelque chose, tu me le donnes… Michel, ce n’est pas un reproche, tu es un homme merveilleux, mais je n’ai pas besoin de ça… C‘est pas facile à expliquer, mais… Je te trouve trop gentil » Michel, il en était tout retourné, pantois jusque là, médusé tout plein, stupéfait comme jamais. Voilà qu’elle le trouvait trop gentil. Qu’il était trop aux petits oignons pour elle ! C’est le meilleur ! Nouvelle de la semaine ! C’est bien les femmes ! Trop gentil ! C’est bien la première fois qu’on le lui faisait celle-là, au cinquantenaire… Zut alors. Et ouais, il s’est démené comme un diable pour la rendre heureuse, il a mit toute son énergie pour la satisfaire, la Nicole, il s’est surpassé pour être à la hauteur, pour plus qu’elle ait à se plaindre, et voilà qu’elle n’est pas satisfaite ! Ca le désolait… « Tu sais Michel, j’ai besoin d’un homme, avec du répondant, qui sache me dire nom, qui sache m’envoyer chier, qui puisse me dire que je l’emmerde, qui me remette à ma place ! Toi, t’es là, tout gentil, un vrai petit chien, tu fais tout ce que je te demande, ça en devient déroutant pour moi ! Michel faut que tu changes, tu m’entends,  ou je vais partir ! Je vais partir ! Je veux que tu t’affirme, que tu te poses ne homme, en mâle, mon petit Michel, que tu apprennes une bonne fois pour toute à dire « non », à m’envoyer promener, à me rappeler que je suis que ta femelle ! Tu peux le faire ? » 
       Et là, Michel sentit revenir cet amour, cette flamme, qui le rendait l’esclave de cette femme, cette tension qui voulait la servir, cette passion qui le faisait  vivre pour la rendre heureuse, et croyant la retrouver, sa Nicole, croyant lui donner un grande joie et garantir pour l’éternité son amour sincère, il répondit souriant, plein d’espoir et de fougue : « Oui, je te le promet, maintenant, je vais m’affirmer ma chérie ! » Le lendemain, elle était partie.

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Publié dans Nouvelles enivrées

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L
Excellente chute, et cette femme est une conne ! (J'espère que ce n'est pas la vôtre)
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