Journal d'un désir

Publié le par Jovialovitch


            Je ne pourrais dire d’où je viens, ni ce qui m’a enclenché. Lorsque je sonde mon cœur, je ressens tout plein de palpitations, je suis toute pétillante, comme une bulle de champagne. J’attends pour éclater en des millions particules. Je ressens une passion folle et distraite. Belle, je le suis déjà mais je peux l’être beaucoup plus, oh ça oui. Je n’ai qu’un mois, je frétille d’impatience, je frémis, mes journées sont de longs râles d’arc-en-ciel, de fuyantes complaintes de jouissance, de saillants spasmes parsemés. Bizarrement, je suis seule. Pas de semblables, pas d’homologues. Mais ma vertu occupe large place, mon ardeur aussi. Il n’y a guère pour moi de repos possible, je nage dans l’attente permanente et dans une sorte d’insolence acide. Je suis happé tantôt par l’émoussement écumeux de mes exhalaisons, tantôt toute agitée, un brin nerveuse, pleine de vie, une bulle de champagne toute espiègle et libertine. Des fois, je deviens toute glaciale, je me transforme en flocon de neige qui me transporte aux flots sinueux du vent glacial, parmi des milliers d’autres flocons avec ce froid qui humecte mes yeux scintillants. Je suis légère, frivole, tendre aussi, toujours malicieuse, mais mélancolique, toute poignante, presque effarouchée, captive, toute chagrinée,  je deviens tiède, puis brûlante, fiévreuse, je pleures de lourds sanglots incandescents et mon sucré maquillage coule, je fond, les airs nocturne expirent et seule la lumière nostalgique de la nuit illumine ma lente fusion. Une tristesse infinie sur mon visage toujours gaie, ma pauvre tête tourne, tout émotive, mon cœur est ouvert, poignardé, mais je ne veux pas que cela se voit, alors je rigole, mais là encore, je pleure, de rire. Des fois je tousse, mon cœur échoit, je suis sombre sans trop savoir pourquoi, toujours délicieuse mais avec ce perpétuel sentiment d’inachevé. Au petit matin, je suis comme une fleur, je me métamorphose sous la douce fraîcheur de la rosée, je me déploie comme un petit bourgeon de printemps qui affiche ses couleurs et ses piquants. Maligne, je deviens fantaisiste, je sautille, bondis et rebondis, je m’agite et puis juste au moment où je suis la plus exquise, - plop ! – je deviens une bulle de savon, je m’envole, et je pleure encore, pas de chagrin, mais de félicité, je surnage dans un océan de nuage d’une voluptueuse beauté. Je suis toute poétique et les plus hautes montagnes me remplissent d’une gravité amusée. Jamais je me sens aussi blessé et en même temps heureuse, et puis d’un seul coup – hop - je dégringole, puis me dépose délicatement, je redevins une bulle de champagne prêt à éclater…..Pourtant je n’éclate pas. Ce n’est pourtant pas faute d’espérer ! Ma plaie béante saigne à présent, mais moi, je reste intacte, vierge, terriblement excitée. J’attends. Mais pourquoi que j’explose pas ! Pourquoi faut-il que je sois née d’un être si timide ?! Je ne vais quand même pas être condamnée au châtiment d’une insatisfaction éternelle. Ne vais-je pas errée des années durant du flocon à la bulle, ne vais-je pas devoir conserver mon teint éclatant dans la solitude ! Non, je le veux pas ! Je veux être libéré, satisfaite. Je n’aspire qu’à cela après tout ! Quelle dureté de cœur ne faut-il pas avoir pour être un désir. Faut-il que je patiente une décennie, cent ans, autant de temps sans jamais être assouvie ni avoir pour autant dépérie, demeurée inchangée et devenue qu’un bout de fatalité ? Bon en attendant je vais me faire cuire un œuf, j’ai une faim terrible moi……

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Publié dans Journaux intimes

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