Stridences à la radine

Publié le par Jovialovitch

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      Les notes, à Léonce Fignole, ça le connaît. Pour lui, la musique, c’est un passe-temps qui lui apporte de quoi manger. Une passion avec un salaire au bout. Une raison de vivre qui lui fait gagner sa vie… c’est en somme un métier qui joint l’utile et l’agréable. Seulement, ne nous leurrons pas : les notes, c’est tout ce qu’il y a de plus volatiles et volages. Selon la saison, elles rapportent gros, et pis des fois, tout ce qu’elles donnent, c’est un rendez-vous avec la mistoufle. Et ça, Léonce Fignole, ça le tarabuste menu. Il voudrait se poser, pouvoir envisager sereinement l’avenir, « à long terme », comme il dit. Mais les notes, ces filoutes, elle le lui cache, l’avenir. Il a beau faire tout ce qu’il peut, il ne le voit pas venir… à l’horizon, y’a que du sombre, de l’incertitude, de la précarité… Et ça, la peur du lendemain, le jour le jour, le « on verra bien », le « pourvu que », Léonce Fignole, ça lui a jamais férocement plu. Et voilà pourquoi Léonce Fignole est aujourd’hui ce qu’il est. Refusant l’incertitude précaire et périlleuse assignée à tous les compositeurs, mais désirant ardemment vivre par et pour la musique, il est devenu, envers et contre tous : compositeur d’alarme.

        Un fort beau métier, assurément ! Y’a pas foule sur le marché de l’alarme. Un ou deux concurrents, rien de moins qu’un japonais et un islando-togolais. Son boulot ? C’est bien simple, il compose et  orchestre les sonneries banales et non moins primordiales qui égayent notre paysage sonore quotidien : alarmes incendies, sonnerie de réveil, de téléphone (fixe uniquement), de micro-onde, et tout ce qui s’en suit ! Comme ça, c’est sûr, c’est un peu rebutant… pas facile de faire dans la nuance avec de genre de composition… en ben en fait pas du tout : pour Léonce Fignole, la sonnerie, c’est un cri, un hurlement prophétique alloué aux hommes, comme un avertissement tombé du ciel. C’est une rhétorique messianique, comme une dialectique ancestrale, qui tourne et se répète pour toujours, perdu voltigeant dans l’Univers infini, illustration contrapuntique de l’Eternel Retour nietzschéen… La sonnerie, c’est la pureté grinçante, la représentation stridente et perçante de la démonstration cartésienne, la musique de l’esprit par excellence… Pour Léonce Fignole, ces sons alarmants sont les seuls à toucher directement le cœur des hommes… A peine une composition de Léonce éclate-t-elle que l’auditeur, instinctivement, comme poussé par un automatisme, se lève et régit : « j’ai oublier d’éteindre les feux de ma voiture, j’ai oublier de fermer la porte du frigo, on sonne à la porte, le bâtiment brûle et il faut sortir, il est l’heure de se réveiller ! » Aucune autre musique n’exprime aussi bien l’urgence, même Wagner !

       Et puis, que de nuances, que de travail, sur une sonnerie… Il faut trouver un thème, figé, retourné sur lui-même, qui puisse se répéter à l’infini sans saccades… et puis, il faut imaginer la mélodie la plus adéquate ! Celles qui expriment l’urgence atroce, la nécessité dans toute son horreur et celles, plus douces, qui dégagent de leurs stridulations déchirantes comme un brin de chant du cygne, l’hymne macabre d’un cycle qui s’achève, comme celle d’un micro-onde après deux minutes (pour un cacao)…  

       Léonce Fignole a composé de nombreuse sonneries, saluées comme les plus remarquables de ces dernières années. Son succès ne s’est jamais démenti. Aussi, son heure de gloire est-elle récente : au-delà de sa fraîche victoire aux Victoires de la Musique, dans la catégorie Révélation, il se trouvait à l’Opéra-Bastille, temple mondiale de la musique classique, où étais joué la Neuvième de Beethoven. Alors qu’arrivait l’Hymne à la joie, se mit à retentir dans la salle imprégnée des notes des plus grands : son concerto pour extincteur ! Elle eut un certain succès… Il en est encore tout frissonnant…

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Publié dans Nouvelles enivrées

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D
Oh fernandel!
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