Journal d'un physicien échappant à la Loi de la gravitation universelle

Publié le par Jovialovitch

undefined


           Ce matin au boulot, j’étais pas bien. Je travaillai sur une expérience et puis j’étais assez déçu. J’avais précisément jusqu’à aujourd’hui pour en valider l’hypothèse mais je le sentais pas. Ca concernait des travaux que Einstein avait entrepris, mais journal tu le sais, tout ceci est confidentiel. Durant la matinée des collègues rigolèrent, je ne sais pas pourquoi, ils sont toujours deux autour du tableau à faire des équations, là bas au fond de la salle ; ils chuchotent puis ils rigolent. Et moi qui suis seul dans mon coin j’ai toujours l’impression qu’ils se foutent de ma gueule ; enfin je ne vois pas pourquoi. La matinée touchait à sa fin et je devais présenter mes conclusions. En attendant, je partis déjeuner.

            Ma femme est partie hier soir avec ma fille pour La Réunion, elle est en vacances et avait envie de partir loin. Au restaurant, les ricanements se poursuivirent. J’eu encore cette impression d’en être victime. Pourquoi se riraient-ils de moi ? Qu’est-ce que j’ai de moins qu’eux ? Non c’est pas possible. Et puis ça reste de bons collègues.

            Je suis parti avant les autres pour préparer mon exposé. A deux heures, tout le monde était réuni dans la grande salle. Attendant patiemment que tous s’installent, je recevais des railleries sous formes de missives entrecoupées de hilarités bruyantes : « Cocu ! » « Si même elle lui avouait, il pourrait même pas aller lui foutre une bonne branlée ! » « Sa femme, s’est qu’une salope ! » Evidemment, je ne peux pas me rendre au-delà de l’équateur, sinon je tombe  - mes chaussures spéciales ne suffiraient pas pour me tenir sur terre –  mais moi je fais confiance à ma femme. Et puis c’est pas une salope d’abord.

            J’entamai ma conférence. Pour des raisons qui s’imposaient, je dû faire un retour historique et évoquer Newton. A peine l’avais-je cité qu’une foule poilée m’apparue, me cerna jusqu’à sembler m’étrangler. « Hum hum…Newton, disais-je,… » m’efforçant de rester digne, mais ça reprenait de plus belle, je ne pouvais rien faire, je le compris vite.

            A la fin, une heure plus tard, j’avais eu le mérite de faire bien rire mes collègues qui tour à tour me félicitèrent encore imprégnés des larmes qu’ils n’avaient pu retenir. Je demeurai seul un moment dans la salle, je pensais à ma femme, à ma fille. Je pensais à La Réunion. J’étais humilié.

            Je rentrai alors chez moi, relevai le courrier et puis m’attela à mon association que j’ai fondé il y a de cela un an quasiment et qui se porte plutôt bien ; APDV-ELGU (Association Pour la Défense des Victimes Echappant à la Loi de la Gravitation Universelle) c’est son nom ; nous comptons pour le moment, pour faire reconnaître nos droits, un membre (moi), mais j’invite bien entendu toutes les personnes se trouvant dans mon cas à me rejoindre dès que possible. Et là, je t’écris, Journal. En fait je crois que je ne suis pas crédible. Je suis maudit ! Un an que j’ai commencé mais je ne pourrais pas tenir longtemps. On est quand même responsable de son handicap, merde ! Mais je me vengerai ! Rien à foutre ! J’donnerais pas mon corps à la Science ! AHAHAHAHAHAHAHA

Publicité

Publié dans Journaux intimes

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article