Fafouette : Vingt-cinquième - Le vassal d'Autrui

Publié le par Jovialovitch

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      Aujourd’hui, mes chers élèves, parlons du cas de Michel Dunoyer, voulez-vous ? Le moins qu’on puisse dire, c’est que Michel Dunoyer n’est pas contraignant. Plus qu’une simple qualité, cette caractéristique constitue pour lui son essence : il n’emmerde personne, il est toujours de bonne humeur, il ne se fâche jamais et il est on ne peut plus attentionné. Avoir Michel Dunoyer comme ami, c’est savoir qu’à n’importe quel moment, même au milieu de la nuit, si on besoin de parler à quelqu’un, on peut l’appeler…et lui demander s’il n’aurait pas par hasard le numéro de cette personne. Avoir Michel Dunoyer comme ami, c’est avoir quelqu’un sur qui compter en cas de pépin, ou même sans pépin ; et c’est par ailleurs avoir quelqu’un qui comprendra aisément qu’on ne l’aide pas, même en cas de pépin. Avoir Michel Dunoyer comme ami, c’est avoir un oreille dévouée, qui vous écoute avec attention quand vous lui parlez… Mais c’est aussi une personnalité conciliante qui concevra que vous vous foutez éperdument de ce qu’elle vous raconte, et qui du reste, vous emmerde… C’est ça, Michel Dunoyer… La fidélité d’un chien, et la propreté d’un homme… Voilà pour notre introduction, chers élèves… 
       Mais comment se fait-il que Michel Dunoyer ait un tel comportement, me demandez-vous ? En vérité, chers élèves, il considère Autrui comme un objet… Mais un objet qui le dépasse… Au fond, il pense qu’Autrui, contrairement à lui, n’a aucun compte à lui rendre…. Michel Dunoyer aime Autrui, il lui est précieux ; et il croit savoir qu’il n’est rien au yeux d’autrui… Ainsi, s’il est un jour momentanément séparé d’un ami, et qu’il ne pense à la rappeler qu’au bout d’une longue semaine, il s’en voudra, imaginant qu’Autrui serait déçu par le retard de ce rappel… Peut-être, mais en aucun cas, Michel ne sera déçu par un Autrui qui tarde lui aussi à le rappeler. Imaginez, mes estudiantins : si Michel est à table avec un ami, et que la discussion n’est pas franchement animée, voilà qu’il estimera être fautif de ce silence pesant : mais en aucun cas ce ne sera la faute d’Autrui… S’il se promène dans la rue ou dans les bois avec quelqu’un, et que l’ennui les guette à l’affût, ce sera lui l’ennuyeux, pas l’autre… Si Michel parle avec Autrui, il l’écoutera, et s’il manque de le faire, il sait qu’Autrui le rappellera légitimement à l’ordre… 
         Pourtant, chers pauvres âmes, quand c’est lui qui parle et qu’Autrui ne l’écoute pas, il ne dit rien… Comme si Autrui avait tous les droits… Comme si Michel ne pouvait s’opposer à lui, comme si Michel était son feudataire : vassal d’Autrui ! Il arriva une après-midi d’hiver où une connaissance très proche de Michel remarqua cela, et lui dit avec des étoiles énigmatiquement dissimulées dans la voix : « Faut que tu te rebiffes, Michel ! N’oublis pas que pour Autrui, tu es aussi un autre ! » Cette étrange constatation, fait avec tant de vigueur, éclaira violemment Michel Dunoyer, qui dès lors, décida de changer : voilà comment, mes chers élèves, on transforme de bons gars gentillets et un peu naïfs, en des emmerdeurs de première…

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Vive l'égoïsme!
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