Journal d'une Petite Momie
Aujourd’hui, c’est mon anniversaire… et aujourd’hui, je suis une Petite Momie… toute desséchée, clampée, désespérée… un cadavre vivant, qui vieillit sans mourir… Je ne suis pas comme ça tous les jours… Normalement, je suis Destinée… quel jolie nom, rempli tout plein de symboles et de clinquant : y’a de l’espoir dans mon nom, et de la fatalité, aussi… Mais là, Destiné m’a abandonnée, et c’est Petite Momie qui allume sa flamme en moi… une flamme froide et bombée, qui gonfle… comme l’espoir… sauf que là, c’est de la mélancolie… Je ne sais pas, Destinée a des amis, des amours, des passions… Mais Petite Momie, elle est seule : pour elle, y’a que la solitude qu’est fidèle… et encore, c’est ce genre de copine qui n’est jamais là quand on a besoin d’elle, celle qui tombe mal ou qui part brusquement…
J’aime mieux être Destinée que Petite Momie… Destinée croit justement en quelque chose… en un Dieu, en une création, en certains êtres, dans ce monde, qui l’aiment, et qu’elle aime… mais Petite Momie, elle est rien, seule et fâchée de toutes parts… Je la rejette comme je peux quand elle s’empare de moi, j’implore Destinée de ne pas m’abandonner… Mais Petite Momie est souvent la plus forte, et elle m’emporte avec elle dans un trou noire de souffrance et d’amertume crapoteuse : j’y suis…et pourtant, je fête mon anniversaire… aujourd’hui même… Tiens, paraît-il qu’il se passe aujourd’hui la même chose au sommet de l’Etat… l’anniversaire…
Au fond, je suis hors-norme… comme ce type, au sommet de l’état… on doit être comme ça, ceux du 28 janvier, hors norme… Moi, soit je suis Destinée, une personne fière, mélancolique, intelligente et belle, avec, comme le laisse croire mon nom, un Destin… comme si le doigt d’acier d’un fatum inexorable m’avait désigné pour l’éternité des temps… y’a sûrement de ça, dans ma Destinée… enfin, quand je suis Destinée, je vais vers quelque chose, j’avance, anniversaires après anniversaires, vers un but, un sort, inévitable… certainement quelque chose comme la Mort, éternelle… Mais parfois, je suis Petite Momie… L’inverse même de Destinée… une momie, la chose par excellence sans destin, corps moisi qui ne peux plus évoluer…chose intact et parfaite qui ne bougeras plus… mort vivante qui restera fixe pour toujours, errant sans but dans les limbes d’une douleur rutilante aux accents nauséeux de dantesque putréfaction…
Dans les deux cas, j’entre en rapport avec l’absolu… soit j’y cours, et ma vie à un sens, soit je sombre dans cette éternité, avant-goût âcre d’une petite mort pitoyable… quand je suis Destinée, je vis, et j’approche de ma fin écrite, en goûtant aux rares plaisirs de l’existence…quand je suis Petite Momie, je suis un cadavre pas complètement vivant, ni mort, qui flotte avec mépris dans la servitude et la névrose… Aujourd’hui, c’est mon anniversaire…je suis Petite Momie… vite, vite, Destinée, vient me souhaiter un joyeux anniversaire…venant de toi, ma Destinée, je saurai que c’est sincère…