Journal d’un chérubin pratiquant
Le curé, je l’aime bien… il est vachement gentil… Mais il est vieux… il a la main qui tremblote, comme s’il avait froid derrière ses grandes lunettes… Il a de drôles de cheveux… Tout blanc… Mais pas d’un blanc normal... Enfin, d’un blanc tellement blanc que des fois, on les voit plus… comme s’ils étaient transparents, ses cheveux… C’est rigolo… Pis le curé, il a une jolie voix… Elle est grave, comme celle des chanteurs… mais elle est usée, comme celle des pépés… D’ailleurs, le curé, c’est un pépé… Je suis allé le voir aujourd’hui, le pépé… C’est maman qui veut que j’aille le voir souvent, parce que comme ma première communion ne va plus tarder, il faut que je sois bien digne de rentrer complètement dans la maison du Seigneur…
Quand on est arrivé dans l’Eglise, y’avait personne…. Sauf madame Michau, mais elle, elle y est toujours, alors ça compte pas… Le curé, il avait dû nous entendre, alors il vient à notre rencontre… Maman le salue respectueusement, et elle lui dit que c’est pour que je me confesse… Avec sa main qui tremble, il me caressait la joue, et il me faisait un beau sourire, le curé… Il dit à maman qu’il n’en aura sûrement pas pour longtemps, à me confesser, et il m’emmène dans son bureau… Pour les enfants, c’est comme ça… face à face avec le curé… je vais pas encore dans la cabine toute noir… c’et pour les mémés ça… Alors moi, je m’assois, et lui aussi, et voilà que je lui dis toutes les bêtises que j’ai faite depuis la dernière fois…
D’abord, j’ai fait un gros vilain caprice avec maman, pour une histoire de gourmandise… Je m’en veux, que je lui dis, au curé… Je lui explique aussi que j’ai fait des méchancetés à une fille de ma classe… parce qu’elle est point gentille avec moi… Là, le curé, il me répond que c’est pas bien, c’est deux choses-là… Jésus, il pardonna même aux romains, tellement il était bon et miséricordieux : et moi, faut que je fasse pareil, et que je prie pour cette camarade de classe, et que je m’excuse auprès de ma maman pour ma disgracieuse lubie…
« C’est tout ? » qu’il me demande le curé… « Tu n’a rien d’autre à te faire pardonner par Jésus ? » Je lui réponds que non, que vraiment, j’ai tout avoué… Il rit, le curé… J’aime bien quand il rit, parce que son visage, il est rigolo, quand il rit... Là, il me prend par les dessous les bras, il me soulève de la chaise, et hop, il ma pose doucement sur ses genoux… Il me tire près de lui… Mon dos touche son ventre, et je sens sa respiration dans mon cou… C’est la première fois que ça arrive… « Le Seigneur doit être très fier de toi, mon enfant… parce que tu es d’une grande sagesse…c’est très bien ! » qu’il me dit en souriant, le curé… Moi, je suis bien content, parce que comme ça, je vais sûrement aller au paradis… et point dans les limbes… sa respiration accélère…
Il devient comme tout chaud, le curé, comme un radiateur… Il me met doucement ses mains sur mes épaules, et il les ballades… avec tout plein de délicatesse… Je sens alors une chaleur sous moi, vers ses jambes surtout… C’est agréable… C’était comme quand maman vient me dire bonne nuit... Vers ses jambes, juste sous moi, une drôle de chaleur… Pis là, il me repousse, le curé… il me dit, sévèrement de m’en aller...vite ! De pas traîner… je sors de son bureau, je reviens dans l’église, et je retourne avec maman, qui était fascinée par le bénitier….