Les Carnets du dictateur, passion Frédéric François
13 de janvier
Telle la baignoire qu’on remplie, ma lassitude face aux moribonderies galvanoplastes des platitudes rigoureuses et semblables de mon triste quotidien amer, est certes emprunt de truculences qui ne m’inspire pourtant à peine l’once d’un sourire esquissé, moi, léopard des neiges fondues. Telle fut la pensée prodigieuse qui me vint à l’esprit tandis que je me réveillais, la tête dans le bidet, la où j’ai passé la nuit. Lorsque je me ranimai de mon somme nocturne, et pris conscience de la curiosité de mon oreiller, je constatais avec acrimonie le silence sourd qui hurlait de toutes ses forces dans mes appartements. Cette constations que je faisais de l’ubiquité du rien sonore, me soumis à de dures épreuves tympaniques, je songeais à Beethoven. Après une longue étude de cette diffusion sonore désagréable, pénible, douloureuse, qui perçait mon enclume, mon marteau, et ma faucille, apparu le cliquetis métalliques de la pendule de ma chambre voisine. C’est pas mal, ça, tiens ! que je me dis, étonné de cette soudaine apparition. Deux minutes après, le bruit guttural de la goutte d’eau du robinet mal fermé s’écrasant dans l’évier en plastique dans un éclat résonnant, se rajouta à la sonorité pendulaire. Bon sang de bois ! C’est quand même incroyable c’truc-là ! me répétais-je, obnubilé. Et puis ce fut au tour du radiateur qui se remplit, du passage des voitures sur l’autoroute d’en face, de la pluie raisonnant sur le toit, du bois qui crépite dans la cheminée, des oiseaux qui chantent indéfiniment, des chiens qui aboient, du vent qui souffle,……………...Il est vrai qu’à ce stade, le silence se fit moins bruyant.
Certes, moi qui ait remit en cause l’optimisme et le rationalisme des Lumières, est en droit d’aller plus loin, de se demander quel est l’avenir, quel est la suite à donner à notre période teintée de perdition et de renoncement, n’est-il pas ? C’est pour cela que j’ai décidé, mes RTT me le permettant, de m’accorder un petit exil à travers le pays afin d’observer l’humanité, officiellement, je m’en vais juger des bienfaits de ma Dictature d’oppression, de déportation, d’extermination et toutes ses sortes de choses ®, ma dictature socialement nationale ou nationalement sociale, ainsi que de l’efficacité de la délation, à l’origine, ne nous voilons pas la face, de chef-d’œuvres de l’anonymat.
Lorsque j’arrivais sur le terrain, je remarquais une certaine joie de vivre. Les gens semblaient heureux, et la coloration pétillante de leurs vestes de visons annonçait la teneur de leur âme : gai. Il est vrai que mon orgueil despotique en prit un coup avant de laisser place au malaise. Non de dieu, que j’me dis, moi qui les croyais tourmentés ; moi qui les croyais au bord du suicide collectif, noyés dans la décadence et la dégénérescence ! Rapidement, je constatais que dans aucune démocratie il n’y avait jamais eu autant de liberté et sans doute de fureur de vivre.
Constations faite, je ne savais plus quoi penser. La fierté de rendre heureux supplanterait-elle le désir qui m’animait originellement : accoucher d’un nouveau genre humain dans la douleur et la souffrance à travers l’épuration ? La relecture d’épopées tyranniques fort récentes me plongèrent dans l’effroi : je suis vraiment qu’une brêle ! On va tout droit dans le droit de vote, comme ça ! Je retournais au plus vite au bunker, habité par le dégoût et la haine inspiré par la seule vue de mes ouailles, que dis-je, de mes sujets, que dis-je, de mes sous-hommes ; transpercé par une phrase qui tintait dans me tête comme tinte la trotteuse dans la pendule à coucou : Rien ne va plus !
Enervé, je remis, pour rester dans le champ lexical de l’horlogerie, les pendules à l’heure avec un certain échec à cause d’une extinction de voie qui m’avait suris la veille. Bref, dans les furibonderies de l’instant, j’exigeais une intervention télévisée qu’on ne daignât point me refuser bien que l’audience dépassa difficilement les un pourcent (évidemment, il passait Le Dictateur, sur l’autre chaîne.) De retour dans ma chambre, excédé, je me fis couler un bain glacé où je noyai ma solitude icebergienne en compagnie de mon canard Maurice, après quoi, je ne me souviens plus de rien.
Mon réveil dans le bidet marquait pourtant le début d’une nouvelle ère, comme le signe prémonitoire de la gloire future : au cours de la journée, j’appris que je venais de gagner à un concours retombé dans le légitime anonymat où le maintenait les limites de ma mémoire ; je venais de remporter une croisière d’une semaine sur les côtes islandaises. Bien que refusant l’offre, je me résolu finalement à l’accepter après moult tergiversassions. La présence de Frédéric François à bord m’avait définitivement décidé.