L'homme qui Marche

Publié le par Jovialovitch

dyn001-original-297-410-pjpeg-58519-ae9280195c1c0530474276eae26eb2b2.jpg                                                     en direct des Impromptus Littéraires 
      
      Au fond, tous les hommes qui vivent ici bas le savent : ils sont bipèdes (à quelques rares exceptions). Ainsi, tous ont conscience qu’ils devraient accomplir quotidiennement l’action pour laquelle ils ont vraisemblablement été conçus tels qu’ils sont : marcher… Mais aucun d’eux ne le fait autant et aussi bien que l’homme qui marche… Car l’homme qui marche… marche… Dans sa capitale millénaire, autour d’une boucle de la Seine, avec des gros boulevards qu’on dit « haussmanniens », l’homme qui marche se balade constamment, les mains dans les poches et silencieusement, il marche…sans cesse….
     En général, voilà comment ça se passe : le matin, très tôt, avant même que ne se soit complètement levé le soleil, il sort de chez lui… il marche… Il va là où ça lui chante… Tente de trouver des coins qu’il ne connaît pas… des quartiers pittoresques… A cet instant de la journée, il sent le frisson d’une métropole-mondiale qui se remet pleinement en branle… il voit la nuit qui abandonne le ciel et la lumière qui le bariole à son tour… il voit l’ombre des immeubles qui se déplace dans les rues… il sent la ville qui s’éveille doucement, le grondement d’une terre qui recommence sa traversée du siècle sous la fraîche rosée du matin….  
      Là, il marche, l’homme qui marche. En regardant monter le soleil haut dans le ciel… Il aime bien le matin… Ensuite, il s’arrête dans le premier restaurant qu’il trouve, pour midi… histoire de manger et de faire une pause, comme le soleil… qui semble comme stopper sa course une fois qu’il a atteint son zénith… Ensuite, c’est repartit pour la chaude après-midi…jusqu’au soir… où se couche un astre fatigué, où la sombre nuit prend le relai, où le ciel semble mourir, où la ville-lumière s’exclame de milles feux, et où un autre univers surgit de sous la terre… Alors, l’homme qui marche, tard le soir, il rentre chez lui… il se couche, et demain, il recommencera...
      L’homme qui marche et un homme heureux… Il pratique ce qu’il appelle lui-même un oblomovisme marcheur, il ne fait rien d’autre que marcher, traversant les mois et les années, sans jamais se retourner, ni revenir sur ses pas : il marche toujours vers des endroits qu’il aimerait ne pas connaître, il observe le monde en marchant… Il traverse sa vie en traversant des rues… Et s’il revient toujours chez lui le soir, c’est qu’au fond, pour lui comme pour l’Humanité, si on marche toujours, l’Histoire, elle, se répète...

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Publié dans Nouvelles enivrées

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P
Tu vois en lisant ton texte j'avais l'impression de regarder marcher Henri Calet, un auteur qui a écrit ce magistral récit "le bouquet", et qui marchait dans Paris, sauf qu'il n'était pas heureux, il portait "sa disgrâce en breloque". J'apprécie ton Humanité et Histoire avec la majuscule.
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