Un double scotch pour l'Oeil de la raison, suivi de Dialectique de l'Oeil de la raison

Publié le par Jovialovitch


LE MONOLOGUE DE L’OEIL DE LA RAISON

 

            « Que signifient donc ces versatiles paroles qui achèvent mon esprit embrumé par leur inopportun et décadent largage propice à la plus obscure névrose conceptuelle ? N’est-ce donc pas la bêtise humaine, l’immonde et tacite médiocrité que je voie dont là et que personne dans ce bas monde semble remarquer ? Comment voulez-vous qu’on sorte de cette brume cafardeuse que chacun semble contempler sans la moindre équivoque ? Ô migraine fallacieuse ! Pernicieuse et invertébrée ; foutue déraison ! Voilà ! Rien ne me révolte plus que la déraison ! Mais où va-t-on, bordel de merde ? A trop éclairer l’humanité, elle ne se rend même pas compte qu’elle l’est ! Voilà où nous en sommes, nous sommes tous fichus, c’est tout. »

 

 

DES PARLOTTES ET DES SORNETTES

 

            J’en parlais justement à mon boulanger, ce matin même. J’avais du aller en ville pour faire réparer mes lunettes, bêtement cassé par le ballon irrévérencieux d’un joueur de football juvénile et maladroit, bref, j’arrive chez mon fournier, et ben qu’est-ce qui me dit le gonze ? « Y’en a marre de tous ces cons qui viennent me faire chier pour des baguettes farinacées à souhait ! » Et moi, j’lui dit : « Oulah, mais vous avez raison, mais que voulez-vous, ils veulent pas l’entendre ça, ah non, ils veulent pas l’entendre. » « C’est bien ça le problème ! » qu’il m’a dit. « Si les gens venaient pas acheter sans cesse du pain, on n’en serait pas là ! » ai-je alors rajouter avec un certain triomphalisme « Ah ça ! » « Mettez-moi une baguette…..pas trop cuite. » « Comme ceci ? » « Non un peu moins cuite sur les bords. » « Vous avez raison, c’est les meilleurs. » « Oui, ben moi, j’ai toujours raison, moi. En revanche, vous pourriez parfaitement avoir tort ! » proclamais-je habilement, derrière mon charisme vénérable, tandis qu’une queue de dix personnes, tout au plus, attendaient impatiemment derrière ma silhouette triangulaire susdécrite. « Ben non. » répond-il avec une certaine dextérité dans le ton. « Ben si ! » que je surenchéri. « Ben non ! » « Mais ducon, tu comprend pas que c’est moi qui ai toujours raison et vous, bande de néants ténébreux, vous avez tords, toujours ! » Une exclamation générale encombre la pièce enfarinée de sa minable composition adverbiale et syntaxique : « Oooooooooooooooooooh ! » Et le boulanger de reprendre la parole, remonté : « Mais si je dis la même chose que vous, c’est bien que j’ai raison, hein, qu’est ce que vous allez me raconter avec vos sornettes ridicules, puisque c’est vous qui venez de l’dire et que vous avez toujours raison, eh l’aut’ eh ! » « Raclure maudite ! Putride être servile et chaotique ! Si vous aviez raison, immondes et transitoires vers de terre haineux et vipérins, ramassis de saltimbanques, agrégat de bassesse persistante, amoncellement profond de nivellement par le bas, oui, si vous aviez raison bon sang de bois, je n’existerais pas moi, chantre de la raison la plus pure, de l’intelligence la plus élevée, de la logique éthérée dont seuls les psychopathes les plus compétents se croient en être les saints garants. Oui, séniles chimpanzés à qui je cause servilement dans la honte et l’opprobre la plus douloureuse, vous avez tords ! Vous avez tords ! Tous torts et tout le temps torts ! » La marchande de fruits rouges, qui venait à peine d’entrer ramena sa fraise : « Eh, vieux tocard, tu sais quoi, j’vais t’dire pourquoi que t’as pas raison. » « Ah ouais ?! » « Eh ben parce que c’est l’homme qui t’as inventer et puis c’est tout ! » A ces mots, je crus voir le magasin vaciller, les baguettes qui m’encerclaient semblaient tituber et former une farandole autour de mon esprit vagabond, je parvins alors à lutter contre ces perfides illusions machiavéliques, et des plus reculés tréfonds de mon âme, sortit ces divines paroles enluminées :

 

 

DIALECTIQUE DE L’ŒIL DE LA RAISON

 

            « Ma p’tite dame, sachez au moins que si c’est l’homme qui a eu tort de me créer, n’est-ce pas vous qui avez tort de dire que je n’ai pas raison par la simple raison que vous ne pouvez qu’avoir tort, sans quoi ne serait justifier l’existence d’un spectre de la raison qui se trouve être incarné par ma noble personne ? Tout comme vous qui n’avez alors pas plus raison que moi puisque c’est vous qui m’avez créer et que vous n’avez pas eu raison dans la simple mesure où vous avez eu tort ? C’est alors bien ce que je dis, si vous n’avez pas eu raison de me créer, est-ce que si vous ne l’aviez pas fait, cela n’aurait pas été une erreur d’autant plus grande qu’elle sous-entendrait que vous n’auriez pas eu tort, ce qui serait d’une immonde bêtise puisque vous avez torts quoiqu’il en soit. »

 

D’UNE FIN MONOCORDE

 

            Le silence s’installa dans la boutique qui devint blême et fort exsangue. Seule la petite marchande, au visage rouge sang, restait figée et rigide. D’une voix puissante et monocorde, elle lâcha alors impunément : « D’façon, c’est celui qui dit qui l’est ! » A ces mots, l’œil de la raison, vexé par la rancune de l’homme antipathique, se retira loin de ces fourmilières infectes et détestables qu’on dénomme par le persifleur patronyme peu académique de « bourg », hurlant son dégoût communicatif : « Voilà ce qu'ils ont fait de la raison ! Voilà ! On a tout gagné maintenant ! » Dans la nuit du neuf au dix décembre, il se donna finalement la mort dans une crise de mélancolie aiguë. Sans doute avait-il perdu la raison.

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Publié dans Nouvelles enivrées

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P
1) je remarque que les jeunes footbaleurs de St Etienne ne prennent pas la relève... on va attendre combien d'années encore?<br /> 2) Que tu déroules ta dialectique avec une rhétorique tout à fait dans le ton des gens qu'on rencontre dans les boulangeries.<br /> 3) tu devrais te méfier d'avoir raison parce que tu vois le boulanger n'a pas supporté ses torts.<br /> 4) je me marre.<br /> Bises.
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J
1) Je me fout comme de l'an 40 des piètres performances de mes amis footballeurs stépahanois...2) Ma dialectique vous regarde de haut avec un pédantisme teinté de snobisme persifleux  3) J'ai horreur des boulangers et de tous les petits mitrons du monde ! 4) Bravo et merci pour lui...
P
Ce Jiovalovitch!<br /> Et il dit, ne pas être écrivain!
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J
Je persiste et je signe ! Au fait, tu n'as toujours pas tranché quant à mon faciès ignoré ? Suis-je le brun ou le blond (car je suis bien l'un de ces deux étranges zigs aux arguments capillaires antipodiques)... peut-être suis-je les deux à la fois ?...