Journal d'un Thomas de Bretagne
Traité théologico-politique aux relents athéistes et non moins spinozistes, je n’en peux plus ! Qu’on ma lâche les sandales avec le néo-bonapartisme sarkozyen…le pseudo-régime parlementaire à l’anglaise et son antipodique régime présidentiel américain ! Je chie sur le bâtard régime semi-présidentialiste gaullien de la cinquième française de mes deux ! Je ne veux plus entendre parler de capitalisme éclairé de seconde zone, ni d’entrepreneur schumpétérien et encore moins d’utopisme voltairien… Ah !... National-bolchévisme, Marxisme-léninisme, national-socialisme, anarcho-syndicalisme, ethno-différencialisme : barrez-vous, avec vos « -ismes » foireux qui me paralysent la cervelle ! Je veux vivre, je veux respirer l’air pur de ma Bretagne natale, quitter ce foutu pays germanique sans qu’on me parle de tacite contrat social ni de despotique Léviathan !
Ma vie n’est plus qu’un enfer : toute la journée, entre deux choucroutes, on me parle de triarticulation sociale, du maoïste grand bon en avant mortifère, d’autonomie prolétarienne teinté d’augustinisme politique et d’anti-impérialisme luxemburgiste ! Mais qu’est-ce que j’en ai à foutre ? Je vais mourir… il faut que je quitte la patrie de Beethoven, de Goethe et d’Hitler, ou je vais étouffer… je veux revoir Lille, Lyon, le Beaujolais…et la Bretagne ! Je veux qu’on cesse de me parler de chopine pour enfin me causer de Chopin ! Je veux ressentir sur mes joues la douce pluie armoricaine, je veux percevoir sous me panards déchaussés, l’humide prairie brouteuse de ma terre originelle ! Il me faut fuir cet état grossier, aux relents gutturaux qui me gâchent la vie !
Je refuse de continuer à divaguer parmi ce peuple sauvage… les Allemands ! Je ne peux plus poursuivre mes égarements dans ces infâmes marchés de Noël, où le froid est si fort que c’est comme une claque en pleine figure, ça glace le sang en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, ça pince les fesses en une douleur aiguë qui électrocute ! Et eux, ces cuistres germaniques : ils se marrent, ils achètent des bibelots made in Germany, et ils sont bien contents de se balader dans le froid diurne d’un hiver qui n’en finit plus !...et moi, qui suis seul au milieu de tout cela… qui n’est plus pour seul musique que le Requiem de Mozart…je déprime, j’expire…Ah !... Les moments me sont chers… et puis, je dois finir mes études politiques, apprendre mes cours sur l’histoire de l’idée européenne ! Au secours, je meurs, je meurs ! Bretagne ! Sauves-moi… Bretagne !
La nuit, un étrange rêve m’obsède, depuis des mois, je fais le même depuis des semaines… je vois deux êtres, deux archanges maudits, qui semblent comme veiller sur moi… ils sont là, ils me protègent… ils me parlent de choses bizarres, ils me semblent fous… que me veulent-ils…qui sont-ils… Bon dieu, quand j’y pense, ce sont peut-être…les Ménades de Dionysos… qui… qui viennent…serpettes en mains et saut en coude… me dire… que… les vendanges ne sont plus bien loin… que la Délivrance est proche : maintenant je le sais…ils ne m’ont pas oublié !...