Ultimatum à l'Eternité
Léon Limon n’est pas ceux dont la vie consiste à attendre indéfiniment à l’ANPE en espérant qu’un job lui tombe sur les bras, un beau matin… Et pour cause, il en a déjà un : tueur à gage. Certes, ce n’est peut-être pas très reluisant, comme occupation, mais enfin avec la conjoncture actuelle, il faut se débrouiller avec ce qu’on a…. Pis, en plus, ce n’est pas sans lui plaire un peu, ce boulot…en fait, il adore, ça, Léon Limon…tuer… Alors c’est vrai que ce n’est pas légal, moral, que ça pourrait lui attirer des ennuis, voir plus tard, des remords… Mais ce n’est pas une gonzesse, Léon Limon, et il sait qu’il a une famille à nourrir…à la maison…
Mais franchement, que ce soit à la carabine, au pistolet, au revolver, au fusil à pompe, au browning, au sniper, ou même au couteau, il sent toujours lui monter près du cœur comme un certain plaisir à tuer. C’est comme ça…de voir le sang gicler un bon coup…de voir le corps qui s’effondre…sans un cri, pas un mot, pas un témoin… Du propre… Une belle « mort blanche », à la Simo Häyhä...voilà qui le rempli de satisfaction, Léon Limon. Faut dire, il a franchemnt, comme qui dirait, l’amour du travail bien fait…
Un jour, il se rendait dans le restaurant italien où il prend ses commandes. Il va voir Toto, le patron dont le nom ridicule et les chemise à fleur grotesques, ne sont pas sans cacher une influence sur la ville absolument monumentale, ni une profonde crainte mêlée d’admiration pour tout ses adversaires… Là-bas, tout le monde à peur de Toto, et tout le monde l’admire…même si on premier coup d’œil, on a bien envie de se marrer tellement qu’il a l’air con, avec ses chemises hawaïennes, sa moumoute à l’ancienne, et ses rouflaquettes à la Elvis Presley. Toujours est-il, qu’il est en quelque sorte, le parrain de Léon.
Nous sommes dans les cuisines du restaurant, Chez Toto, les spaghettis sont dans les casseroles, et une musique de Nino Rota résonne dans la pièce… Toto dit qu’il est bien content de Léon, que son dernier client est très satisfait, que sur la dernière commande, il avait vraiment fait un travail d’artiste… Et puis, il lui que maintenant, il allait y avoir une grosse commande. Il en est tout excité Léon…une grosse commande : « le président des Etats-Unis, celui de la France, Bill Gates, Steven Spielberg, le Pape, Chantale Goya ? » Non qu’il lui répond Toto : « Dieu ! »
Léon Limon, il en était tout retourné : « Va falloir que je tue Dieu ? » « Chut ! Pas si fort, Léon ! » qu’il criait Toto…un peu de discrétion ne fait jamais de mal… Léon, il en était blanc, il se demandait si Toto ne se foutait pas de sa gueule : « Mais pourquoi veux-tu que je tue Dieu ? » « Mais parce que c’est une ordure : il nous donne la vie, et puis hop, il l’a reprend quelque décennies plus tard ! Moi je dis, donner c’est donner, reprendre c’est voler ! Dieu est un voleur, il faut le tuer ! » Léon refusa. D’abord, il n’en savait pas comment faire. Et ensuite, lui, il y croyait, en Dieu, et il était gentil comme tout...Dieu…
Alors...de retour chez lui, il criait sur son toit, Léon Limon, comme pour s‘adresser au Tout-Puissant : « Vive l’Eternité ! » Quel fayot !...ce Léon Limon !