De l’oublie qu’on patente
Sa coiffure broussailleuse, dont une petite calvitie venait quelque peu dégager le dessus de son crâne, mettait en évidence de part et d’autre, une protubérance capillaire démesurée. La blancheur de sa toison s'accolait à un gris malsain du plus mauvais effet. Son nez formait de face, une concavité substantielle jusqu’à sa base ; de profil, il était crochu. D’intenses rougeurs écarlates dépeignaient ces joues à la fois ballonnées sous les yeux et rentrantes vers la bouche. Yeux et bouches qui pouvaient être d’ailleurs confondus par le fait peu académique que les premiers étaient moins souvent ouverts que la seconde, ce qui d’autre part ne justifie en rien cette comparaison douteuse. Toujours est-il que la pupille de ses yeux approchait un rouge vermeil alors même que sa langue côtoyait le vert émeraude. Longtemps d’éminents chercheurs se penchèrent sur l’origine de cette coloration atypique du membre gustatif de la cavité buccale. Si certains ont émis l’hypothèse d’une provenance cutanée du à une absorption maladroite et plutôt gauche de confiseries pétrochimiques ou de fraises tagada gélifiées, beaucoup la conteste avec vigueur et exaltation. Olivier était de plus muni d’une poétique paire de lunette concentrique, d’une luxuriante barbe noire et d’une moustache que chacun croyait rose mais qu était en réalité mauve.
Olivier n’avait jamais connu le sentiment amoureux. « Le sentiment amoureux, pour moi ? C’est un porte-clé sans clés, c’est nous deux sans toi, c’est ni plus ni moins qu’un enterrement sans cercueil ; enfin bref, c’est un mystère. » Alors, il imaginait. Un enivrement teinté de mélancolie et de bonheur sous-jacent ? Une allégresse léthargique mêlée à un désir ardent et une convoitise sexuelle ? Un nuage fugace, intense et profond sur un ciel vague de flocons paresseux ? Un lavabo bouché et qui refoule ? Une bonde dans un bain d’eau chaude féminin ? Une volute de fumée sensible au lyrisme désenchanté noyé dans une mer de silence tombée dans l’oubli des siècles, l’amertume du temps et la vacuité des sens, au profit de la conquête spatiale et des anneaux de Saturne ? Olivier ne le sait pas, mais après cela, doit-il vraiment le savoir ? Il hésite encore, car il le sait mieux que personne, il risque d’être déçu, d’égarer ses fantasmes, d’oublier ses désirs, de perdre tout. Pourtant, il y va, oui, sa décision est prise, ça y’est, il se lance le bougre, nom de dieu, qui va l’arrêter, il est partit là, ça y’est bordel de merde, mais enfin mais faîtes quelques choses, il y est bordel de merde…..
« La femme, cet animal aux cheveux longs et aux idées courtes, ce miroir, qui réfléchit mais ne pense pas, quel est son but, quelle est son utilité ? Certes pour l’homme elle correspond à un moyen, elle est le biais d’un but, celui d’un homme qui veut procréer. Mais qu’est l’homme pour la femme ? En vérité, je vous le dis, elle a été uniquement créée pour la propagation de l’espèce et puis c’est tout………………..De toute façon, c’est une grosse connerie le sentiment amoureux ! C’est qu’une illusion ! » Si Olivier n’avait pas trouver le sentiment amoureux, aucune femme n’avait désiré le chercher avec lui.