Journal d'une Phrase Proustienne
Cherchant dans les plumes narquoises et farouchement enfarinées d’une vieillerie furibonde le sens caché de mon existence détestable, je dois avouer avec tristesse et mélancolie que je n’ai toujours pas trouvé pourquoi est-ce que j’ai un beau jour (marqué du doigt d’acier de l'abject fatalité de mon sort aussi éploré que diablement commun) débarquée sur cette terre, où jusqu’à présent, je n’ai pas connue beaucoup d’autres sentiments que la grisaille et le spleen nostalgique des victimes innocentes du chagrin de la vie, sacrifiées sur l’autel de l’existence, et qui, moi comme les autres étant capables de projeter notre esprit sagace dans l’avenir, sommes rompus à l’exercice divinatoire consistant à connaître avec certitude, mais toutefois sans aucune précision, la terrifiante prédestination de notre destinée de mortels voués à l’absconse décomposition physique et au sombre mystère philosophique que ses mêmes mortels, appellent avec dans la voie le rutilement de ceux qui ont peur et qui souffrent, de ce mot, court, froid et méthodique : mort ; car en effet, vois-tu, cher journal, je suis une phrase de Proust, et dieu sait que ce n’est pas une condition facile que d’avoir été écrit par ce génial auteur français du siècle industriel, formellement dans l’ouvrage monumental qui restera comme étant son plus grandiloquent chef-d’œuvre homosexuel au titre que je trouve personnellement d’une convulsive beauté, A la Recherche du Temps perdu, association de mot saugrenue qui, d’un point de vue sémantique se trouve être traduite dans toutes les nobles langues du monde tout comme dans le plus reculé des pittoresques patois dialectiques et le plus solitaires gaga locaux – ce qui est aussi mon cas, puisque je suis moi-même issue de cet opuscule notoire – et qui traduit d’un point de vue didactique l’absurdité de la condition humaine, d'hominiens promis à l’imminence implacable d’une fin qui ne peut que les hanter, et leur faire dire, dans le chagrin du réveil, « bon dieu, le temps passe, et plus il passe, plus je me rapproche de la mort, et plus la mort se rapproche, plus je me rend compte avec stupeur que j’ai bêtement perdu du temps tout au long de mon existence, alors que j’aurai du employer chaque seconde du temps qui m’était impartit pour en faire quelque choses », sentiment poétique et romantique, que mon marcel d’auteur restera comme étant l’individu sur terre qui aura été la plus à même à en exprimer avec pertinence la douleur, avec bien sûr sa mythique inspiration, son incomparable génie, sa vaste érudition, mais aussi et surtout en utilisant ce procédé, qui est en grande partie aujourd’hui le cause de mon malheur, et qui se trouve être celui consistant à me donner une longueur disproportionnée, pour exprimer tous les méandres filandreusx des arabesques de le pensée humaine, caractéristique à première vue honorable d’où je tire certes une respectabilité qui va grandissante devant la bassesse infâmante de la littérature contemporaine, mais qui m’a tout de même attirée pendant des décennies de postérité tourmentées les railleries de mes impolis camarades prosatrices plus modestement proportionnées que moi, et qui en riant, me jetaient des insultes déshonorantes telles la « grande giclée », « l’élevée perché », la « vaste duduche » et autre « spacieuse dadette », soit autant de camouflets outrageants, que j’ai vécu au commencement certes, mais qui vous marquent une phrase pour l’éternité des temps : merde !...