Aux Confins du Blâme
Michel Brocart le dit depuis qu’il a entendu la voie de Barry White pour la première fois : seules les cuisses élancées d’une jeune femme efflanquée sont susceptibles de détournées de la télévision le regard fasciné d’un amateur de rugby lors de la finale de la coupe du monde. Mais Michel Brocart est loin d’être un sectaire et il dit avec une ouverture d’esprit belle à voir que l’aficionados de rugby peut fort bien être remplacé par un fan de football, un mordu de handball, un amateur de basket, un passionné de tennis ou même un groupie de cricket, que sa théorie fonctionnera toujours. Mais Michel Brocart va encore plus loin. Il pense aussi que le regard de ce personnage peut-être détourné par les cuisses élancées d’un jeune femme efflanquées, certes, mais aussi par sa poitrine pointue sur laquelle ruissellent des larmes de lait, par son poster aussi cambré que dénudé, par sa vulve délicatement entrouverte entre cuisses bien écartées, ou après tout par son mollet ferment contracté, tous les goûts ne sont-ils pas dans la nature ? L’idée est donc bien que seules les parties les plus attirantes d’une femme bien avantagée peuvent distraire un individu d’un petit écran où se déroule le summum même de ce qu’il chérit sur terre.
Mais le bougre Michel Brocart n’a pas finie de nous étonner, et du haut de son intemporel génie, voilà qu’il pose cette question : et si l’homme en question voit dans la télévision les formes enivrantes d’une jouvencelle coruscante, son attention libidineuse sera-t-elle détournée par l’arrivé impromptue à côté de son poste d’un rugbyman, qui ballon à la main, viendra lui dire d’un air de défi : « On se l’a fait cette mêlée » ? Pour pousser aux limite de l’entendement philosophique humain le terrifiant résonnement, on pourrait aller jusqu’à se poser la question suivante : un fana du sport qui naquit un beau jour où un sportif arriéré ne respecta pas les règles primitives du football, regarde un match, et à cet instant de pure allégresse arrive devant sa télé le grand barbu pubescent tout droit sortit d’une bande dessinée de Albert Uderzo ou de Jacques Martin et qu’on hèle avec angoisse et épouvante sous le tropique du capricorne le « taureau ». Que fait-il ? Reste-t-il à brailler devant son écran blafard, ou s’occupe-t-il avec la force de la nature susdécrite ? Par ailleurs, si un obsédé sexuel tombe un samedi soir devant un programme lascif et que son épouse lui fait un strip-tease à la française, que va-t-il choisir ? De même, que fera-t-il en voyant un match de rugby à la télévision composé de trente joueurs nus comme des vers, alors qu’a côté de lui sa femme lui demande de faire un drop ? Et pour finir que sera son choix, s’il voit à la télévision deux équipes de rugby composé chacune de 15 débauchées en maillot, avec devant sa télé le même rugbyman en train de se déshabiller langoureusement, avec la classe de Grâce Kelly devant le Prince Régnier ?
Toutes ces questions restent sans réponses, et par ailleurs tout le monde s’en fout comme de l’an 40. Mais n’est-ce pas dans cette interrogation en apparence sans introït ni menuet, que réside, sans faire de vague ni de bruit, la chose, enivrante et funeste que tous ignore : le sens de la vie. En marge, je dirai que le grand barbu que nous aurons tous reconnu de ne se déshabillera jamais entre le 12 et le 14 du mois : c’est là qu’il a ses règles.