Journal d'un Assassin qui s'en veut
Je suis un assassin. J’en ai la triste et terrible certitude. Et je ne puis plus regarder mes mains sans y voir du sang. Elle sont rouges, dégoulinantes, souillées de ce pourpre sanguinolent. Je me sens sale, impropre, comme si de la pourriture fleurissait sur les flancs meurtrier de mon corps mortifère. Je me sens mal, je ne cesse de vomir, une douleur tenace et comme délicate aux reins m’oblige à me coucher par terre en des contorsions abominables. Je sens mon âme en morceau, elle saigne, elle gémit, dans une souffrance turpide et pesante. Bon dieu, je suis un assassin : rentrant chez moi, un homme m’agresse, il me tabasse à mort, me dépouille. Et puis, il me laisse crever dans ma misère. Je le vois encore s’éloigner comme un lâche entre mes paupières violacées.
Bien que n’en pouvant plus, et malgré mon visage mutilé et mes membres ankylosés par l’avoine que je vient de prendre, je me relève, boite jusqu’à lui, et dans son dos, avec la plus basse veulerie, lui donne une violent coup de pied dans l’échine. Il s’effondre ventre à terre, il s’exclame en mordant la poussière. Je me jette sur son dos, le retourne, et positionne mes mains autour de son cou pour l’étrangler. Elle se rejoignent presque, je commence à serrer, j’y met toute ma force, je me vide d’une énergie que j’ai accumulé depuis mon agonie, ma soudaine résurrection, et puis certainement de toutes les colères contenues dans ma journée, et peut-être depuis plus. Je serre les dents si fort que ma mâchoire du dessous dépasse la supérieure. Mes yeux sont exorbités. Je serre de plus fort. Lui tente de se débattre. Inutilement. Ca y est, je sens dans son regard la fuite de l’énergie, la vision inévitable de l’inéluctable. L’histoire de sa vie passe-t-elle devant ses yeux lorsque je continus mon effort avec une rage telle que lui ne peut même pas se débattre ? Son visage se défigure, une moue morbide se dessine sur ses traits moribond, et son visage rougeâtre n’a plus d’humain qu’un regard qui me fixe, et qui me dit « Tu m’as eu ! »
Subitement, ses yeux se lèvent au ciel, son cou se relâche, le rouge de son visage disparaît, et laisse place à une pâleur humiliante. Je me laisse tomber à côté du cadavre. A peine tout cela fini, que je sens en moi une sinistre envie de vomir, je le fait, puis, je ne peux bouger mon épaule, ni ma cheville droite. Comme une larve, je me traîne jusque chez moi. Je prend une douche avec une insistance inutile : je suis sale, puant, pour toujours. Mes mains auront toujours la goût amer d’un sang que j’ai moi-même versé, et qui n’est pas le mien. Je ne peux plus me regarder dans le glace : je suis un assassin. Et en plus, je n’ai même pas repris mon porte-feuille !