Fafouette : Onzième - L'instant post-mortem

Publié le par Lukaleo

davinci.jpg      La brûlante question qui anime toutes le bouches humaines un jour ou l’autre n’est-elle pas celle-ci : quand est-ce qu’on est vraiment mort ? Mais oui, bien sûr ! Quand est-ce qu’on est « mort » , que l’on devient proprement et simplement « mort» . Un de mes plus brillants amis à coutume de me dire que son défunt frère est mort « sur le choc », dans le sens où il était vivant à un moment donné et que dans la seconde qui suivait : paf, il était mort. Comma ça. Bon, je n’est rien contre cette théorie, puisque le médecin légiste lui même marqua sur sa constatation que l’individu en question était mort sur le choc. Mais prenons si vous le voulez bien un second exemple : un homme se fait tabasser à mort par une brute épaisse habilement déguisée en enfant de chœur : il va agoniser pendant les longues heures du crépuscule diurne de son existence, en gémissant qu’il veut retrouver sa maman. Tout cela est très bien, et nous pousse à dire que cet homme n’est pas mort sur le choc : pourtant, comme le frère d’un de mes amis, ce profane infortuné sera bien encore vivant un millième de seconde avant sa mort, ce qui nous pousse à dire qu’il sera bien mort lui aussi sur le choc.

        A cela il n’est pas une explication qui tienne : un mourant comme un homme aussi bien portant que la côte de popularité de l’homme politique le plus habile, meurent fatalement d’un instant à l’autre. Seulement, et c’est là qu’il faut reconnaître un certain mérite aux gens précédemment cités, leurs morts sont certaines. Ce qui n’est pas forcement le cas de toutes les morts. Par exemple, un homme se fait misérablement écraser par une voiture ou se prend une balle en plein front, ce qui peut tous nous arriver un de ces jours. Mais cet homme à la chance inouïe de survivre, certes, mais dans un état végétatif : son cerveau ne fonctionne plus, sa spongieuse concavité encéphalique, qui n’a plus d’encéphalique que le nom, renferme un amas rosâtre de chaire qui ressemble étrangement à une éponge. Cependant : son cœur bat toujours, ses intestins continuent leurs mouvements perpétuel, la peau transpire et les immondices continuent d’abonder de toutes parts. Alors je vous pose la question : cette homme est-il mort ?

        Mais posons-nous encore une autre question : le corps d’un homme s’arrête de fonctionner, mais son cerveau reste le seul de ses membres à marcher encore : bien que ce cas-là soit plus rare que le précédent, que faut-il penser ? Un homme que l’on condamne à mort devient-il mort à l’instant où le juge phallocrate exprime la sentence potencieuse ou à celui où il on lui met la tête dans l’échafaud ? La question se pose aussi ! Et un homme est-il vraiment mort quand on a pas informé l’État de sa triste disparition ? Un mort peut-il être véritablement considéré comme mort alors que cette ordure infamante n’a pas eu le temps (ou la citoyenne volonté) de signer son arrêt de mort en bonne et due forme ? Un vieillard sénile de 105 qui souffre d’un cancer des poumons et qui n’a plus de nourriture dans s amaison perdue au milieu de l’hiver n’est-il pas mort d’une certaine façon ? Un petit con de gniard qui entreprend de traverser le périphérique parisien ou l’autoroute qui relie Lyon et Saint-Étienne n’est-il pas mort à l’instant où il entreprend de s’y jeter, sachant qu’il est cul-de-jatte ? Un homme ne meurt-il pas à l’instant où il se jette du sommet d’un immeuble de six-cents mètres ou d’un plongeoir surplombant une piscine remplie de requins qui n’ont rien bouffer depuis trois mois ? Un misérable mortel n’est-il pas mort dès l’instant où il sort en braillant du ventre ensanglanté d’une mère, qui comme le médecin qui lui fout une énorme calotte sur le cul comme signe de bienvenue, mourra un jour ou l’autre, laissant orpheline sa progéniture, qui par dessus le marché n’avait rien demandé à personne, confortablement blottit dans les couilles broussailleuses d’un père mort dans un banal accident de la route en venant à la maternité ?

        Eh bien je vous le dis : posez-vous la question, et un jour ou l’autre vous en aurez la profonde et céleste certitude, et dès lors : vous irez au cimetière a pied (après tout ce n’est pas si fatiguant, et puis vous éviterez de tuer votre planète avec des corbillards motorisés qui dépensent 20 litres aux cents, ce qui est en soi, totalement scandaleux !)

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Publié dans Fafouette enseigne

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