7 - Son Cou

Publié le par Lukaleo

cou-lis.jpg       Je te vois, je te regarde, je t’observe. Ton cou, oblong et distendu comme un pont fluviale reliant tel un viaduc astral deux planètes suspendues à la verticale, est arrondi comme le ventre d’une femme récemment enceinte, et élancé comme une gerbe de blé à la fin d’une moite aridité estivale. C’est comme le cône gourmand d’une glace bien composite, comme la colonne dorique d’un temple dédié à Aphrodite, comme le pilier solide qui tient le drapeau de l’Égypte, comme l’index pointé vers le ciel tel un ocre pic de granit, comme la mémoire montante d’un talent dont la légende devient mythe, comme la raide douleur d’une mort subite. Comme enivré suis-je. Comment vibrer, puis je ? Ce cou est haut comme sont bruyantes les chutes d'Iguaçu, mince comme sont fatales les chutes du Niagara et chantourné comme celles de Boyoma. C’est un tronc d’arbre, où sève sanglante et viscère chiches passent telles voitures sur les autoroutes humaines, reliant ton corps sublime à ton esprit peu pusillanime. Couronné par ta tête mobile, ce cou semble bien fragile, transpercé de part en part par les vertèbres hilares qu’il renferme en son sein prorogé, et souillé en sa surface lisse par les plis impérissables que dessinent ta peau quand elle est froissé par lui.

       On voit se dessiner dans le paume de face de cette gorge étendue comme les reliefs sismiques et mouvants de tes rieurs membres intérieurs : des creux se forment, des bosses se bombent, des camus plateaux s’affirment. Le soleil y peint comme une symphonie sombre de vis coloré, où les ombres cintrées s’adossent aux saillies bariolées. Parfois, comme sous l’effet d’une éboulement de terrain imprévue, tout s’effondre, et avalant ta salive, les veines, la gorge, les colonnes, se moues en de rictus simagrées. Une tentation sévère s’avère : il semble que mes deux mains pourraient facilement se rejoindre tout en entourant ce cou, à la manière d’une bague autour d’un doigt de fraîche marié. Je veux comprendre ce membre, comme on dit, le saisir. Je voudra le serrer autant que je l’aime, lui, et celle qui le porte. Mais qui porte l’autre ? Mais je ne ferai rien de tout cela, et simplement, observant, je me contenterai de poser sur ses grains de beauté les prémices désolé d’un baiser que je voudrai plus tendre qu’un lame. Mais tout de même, cela me fend le cœur : je t’aime.

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C
Bonsoir Lukaleo, quel ode au cou. Quelle description ! Magnifique. Bravo. Chana
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L
C'est avec beaucoup d'honneur et de satisafaction que je reçois cette approbation ! Merci !