Pignon sur Rue de l’Algarade déchue

Publié le par Lukaleo

voyeurisme-ind--cent.jpg       Hervé Bourbonne était toqué d’une coiffe grisonnante et de dents joliment lactescentes. Mais la couleur de sa coiffe adiante nous intéresse peu par rapport à l’aventure qu’il avait vécu, lui qui luisait comme sueur sur peau d‘obèse. Hervé Bourbonne était de la vieille école. Pourtant, il n’était pas spécialement barbon, même pas quarante ans. Sa femme Judith, c’était pareil, elle était de la vieille école et pourtant, elle n’était pas spécialement séculaire, même pas quarante ans. Unis l’un et l’autre par les liens sacrés d’un mariage pas spécialement birbe, même pas quarante ans, le ménage vivaient un amour plantureux qui se trouvait classé au dessus de la moyenne nationale, ce qui le satisfaisait grandement. Pourtant, bien que consommant usuellement leur mariage en des nuits torrides de pratiques sordides, une fracture gisait comme un cheval mort entre les deux êtres, entravant immanquablement la ligature indéfectible qui aurait du les lier pour l’éternité des temps : souvent, après l’amour, Hervé sortait de la chambre, sans rien dire ! Judith ne trouvait rien de bien étrange à cela : « il doit aller pisser ou regarder la télé » se disait-elle naïvement dans les premiers temps.

        Mais tout de même, cette pratique aussi hétéroclite que cabalistique commençait à nouer chez elle les premières intrigues suintantes d’une curiosité sans borne : elle décidait de réagir. Ainsi donc, un soir, après l’amour, elle n’entreprenait pas de lire un bon roman de Paolo Bueno comme à son habitude, ni même de sombrer dans l’intense sommeil rêvasseur bien mérité pour une femme active de son rang et qui était à la recherche d’un emploi depuis six mois. En effet, elle sortit de sa chambre, se dirigea avec le silence du profond fin fond des tréfonds de l’océan vers le salon, où elle découvrit avec stupeur son mari Hervé succombant à la tentation ignoble qui devait l’habiter depuis leur première nuit de noce, et qui expliquait son départ inopiné de la chambre nuptiale chaque soir depuis des temps immémoriaux. Choquée, elle décidait de lui en faire une bien bonne, dès le lendemain.

        Justement, une journée était passée, quand Hervé apprit par téléphone que sa femme, toujours à la recherche proustienne d’un emploi, allait devoir s’absenter très tard ce soir. C’est avec une feinte théâtrale de commisération et de neurasthénie patriarcale que notre ami apprenait la nouvelle, mais en vérité, en vérité, disons-le, il jubilait profondément de l’absence de son épouse ce soir-là et de la déréliction protectrice qui en découlerait pour lui. Dès lors, à peine le soir tombé, il accomplit plut tôt qu’à l’accoutumé sa pitoyable besogne, à laquelle il avait été surprit sans s’en rendre compte la veille pas son intruse épouse. Se saisissant de son appareil tant aimé qu’il installa devant la vasistas de son salon poussiéreux, il voyait déjà son pantalon subir les affres belliqueux d’une pine qui ne demandait qu’à sortir de sa cage culottée. Mais la jouissance ne faisait que commencer, et il mit ses deux yeux contre les jumelles, voyant dès lors s’ouvrir devant lui l’extraordinaire faune du couple citadin : dans les impudiques chambres côté rue, les binôme amoureux s’adonnaient à leurs plaisirs sans retenue, et lui, il voyait tout, dans une macabre jouissance de voyeur vicelard esseulée ! Tandis qu’il sentait monter en lui le bonheur mirifique d’une explosion sudorifère comme monte en un arbre centenaire une sève cavée, tandis qu’un filet de bave hédoniste s’échappa de sa bouche grande ouverte et de sa langue pendouillante, tandis que le battement militaire de son cœur enivré s’accélérait dans une exponentielle croissance, tandis que des tremblements de bonheur envahissaient ses membres chancelants de chanceux chancelier du vice, il découvrit devant lui la plus atterrante des répulsions érotiques, qui coupa nette tous ses espoirs de délectation licencieuse, il fut frappé comme par un coup de gland irascible dans le troufignard, comme une éjaculation faciale glacial en plein figure : sa femme, Judith !

        Elle était là, en face, belle comme une Lolita pucelle, arborant fièrement des porte-jarretelles émoustillantes, en compagnie de trois reproducteurs membrés comme Hercule, trois bestiaux d’élevage abominables qui profitaient abjectement de cette infidèle épouse fourbe coupable d’adultère pour assouvir leurs bestiaux besoins d’hommes en infâme rut animale. Il voyait sa féal épouse en train de leur pompait le jonc avec frénésie, il la voyait se tortiller sensuellement nue, juste devant le fenêtre cristalline, il la voyait pris devant, derrière, dans tous les trous que Dame nature lui avait pourvue. Rouge de Colère et abasourdis comme un empereur après le cuisante défaite, il accouru en dehors de chez lui, s’infiltra farouchement dans l’immeuble, monta les escalier les un après les autres, défonça la porte en question, et arriva dans le terrible appartement où cette avilissante scène pornographique avait lieu : « Salope ! Qu’est-ce que tu branles ! » L’odieuses Judith lui répondit en écuissant un sourire frondeur derrière une giclée de sperme qu’elle avait en pleine figure : « Qu‘est-ce que je branle ? Un phallus de trente centimètre ! »  Au bord du gouffre pommier qui était le sien, Hervé répondit fou de colère : « Mais tu es en train de me tromper petite dévergondée ! » Ce à quoi, elle répondit d’une voie si criarde et énervée qu’on eut dit un mélange entre Piaf et Callas : « Et quel est l’odieux pervers qui reluque le cul des gent par le fenêtres à onze du soir ? » 

       Hervé comprit tout : il avait été piégé ! L’affaire continue en feuilleton sur Tf1 dans l’émission de julien Courbet sous le nom de L’affaire du vicieux voyeur vu .

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Publié dans Nouvelles enivrées

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