Sur les chapeaux de roue !
Christian Roue est enragé, et il y a de quoi : en effet, il y a de cela près de cinq millénaires, dans un coin perdu du croissant fertile, tandis que le Sacre de l’homme moderne venait à peine d’être accompli, se dressait un homme, qui devant la civilisation naissante et ses semblables médiocres, avait la plus mirifique idée de l’histoire de son espèce, de notre espèce. Prenant ses jambes à son corps, il mit au point, de son cerveau inégalable, l’invention mythique qui allait changer à jamais le cours de l’évolution humaine, tel le singe de l’Odyssée de l’Espace, trouvant un os et s’en servant comme d’un marteau, et d’une arme. Cette homme, inconnu de tous, oublié de chacun, avait eu le génie hors pair de fabriquer pour la première fois, ce que nous appelons aujourd’hui vulgairement : la Roue.
Or, et c’est là que Christian Roue est enragé : il est l’héritier direct de cet homme, la descendance la plus rectiligne du légendaire inventeur de la Roue, cet homme sans qui n’existerait pas, ni la roulette, ni la charrette, ni la brouette, ni la camionnette, ni la fourgonnette, ni la wagonnette, ni la poussette, ni la mobylette, ni la motocyclette, ni bicyclette, ni l’avionnette, ni la voiturette, ni rien d’autre doté d’une rouette. Mais ce con d’inventeur de la roue n’a déposé aucun brevet ! Rien ! Pas un seul ! Il a été suffisamment génial pour inventer ce qui reste comme la plus brillante trouvaille humaine de tous le temps, mais il n’a même pas été fichu de trouver une préfecture pour faire breveter son œuvre ! Ah, Christian Roue enrage : imaginez un instant, s’il avait un droit sur toutes les roues du monde, l’argent qu’il aurait ! Au lieu de cela, il n’a droit que difficilement au R.M.I.
Faire des demandes, informer les chefs d’État de tous les pays, leur montrer son arbre généalogique pour prouver sa bonne fois : il l’a fait, ils ne veulent rien entendre, comme si la roue était tombée du ciel ! Mais c’est faux ! Il avait bien fallu sur terre une esprit supérieur à ceux des autres pour la trouver cette putain d'invention ! Et il se trouve qu’il coulait dans les veines de Christian Roue le même sang que dans celles de l’inventeur de la roue ! Pouvait-il un seul instant permettre que cette invention soit ainsi volée par six milliards d’individus tous les jours ? Non, il enrageait : il s’y refusait.
Dès lors il monta une association : celle des descendants lésés en colère, qui avait pour noble but que de faire respecter le bon droit de ceux qui étaient nés de par l’action des grands inventeurs : on déjà rejoint Christian Roue dans son combat acharné, le descendant de l’inventeur du feu (et à qui ont doit presque tout), celui de la peau de bête (et à qui l’on doit tous les habits du monde), celui de l’inventeur du première outils (et à qui ont doit l’industrie), celui de l’inventeur du premier mot, celui de l’inventeur d l’élevage, celui de l’inventeur des mathématiques, celui de l’art, celui qui a trouvé par où il fallait passé pour faire des enfants, et qui s’appelait vraisemblablement monsieur Adam. Mais la lutte s’annonce difficile, et par ailleurs, le descendant de l’inventeur de la monnaie, qui est aujourd’hui trésorier de cette structure, le dit avec consternation : « nos finances sont en roue libre ! »