Journal d'un incorrigible Etourdi

Publié le par Lukaleo

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      J’ai vécu aujourd’hui ce genre d’aventure hilarante qui n’existe que dans les livres, et la simple évocation de celle-ci me laisse pantois ainsi que tout pouffant d’un rire aussi sardonique que ridicule (c’est pas de ma faute si j’ai un rire bête, cher journal). La matin, je sortais de chez moi, en comptant aller à mon travail à pied, car comme je le dis souvent, l’homme est un bipède, et se doit par conséquent de marcher, en se servant de ses deux jambes.

     Arrivant dans une place où des dizaines de bipèdes de mon espèce marchaient avec leurs deux jambes, je ne me doutai de rien, mais l’enfer se préparait : un homme devant moi, l’air de rien, sans s’arrêter, et en ne prenant même pas la peine de me regarder dans les yeux, me dis avec un ton d’une froideur extrême : « Gros nul ! ». Je me retournai, il continuait tranquillement sa route, comme ça, rêveur, comme s’il m’avait déjà oublié. Avec stupeur, je pensai qu’il s’agissait d’une sorte de maniaco-dépressif paranoïaque et antipathique qui insultait le monde sans le vouloir, saisit d’une sorte de pulsion incontrôlable qui devait le prendre de temps en temps. Dans l’intérêt de sa santé comme de la mienne, je décidai de ne pas lui répondre.

    Prit dans un sentiment de contentement, je ne fis pas quinze mètres qu’un autre bipède tout à fait normal, à ceci près qu’il était une femme, me dit sans méchanceté aucune : « Ordure ! » Cette fois je me retournai, et lui répondais avec indignation « je vous en prie ! » Mais pareil, elle ne se sentait pas visée ou bien n’avait-elle pas entendue ma réplique grinçante. Les fous sont-ils lâchés ? Cette hypothèse me semblait soudainement sérieuse car tous les gens qui passaient à moins d’un mètre autour de moi ma disait immanquablement une invective déchirante : « allez vous faire voir chez les grecs, pitoyable derviche tourneur hérétique ! », « Vous pourriez avoir la dignité de rester chez vous, incorrigible chien puant », « Gros sac, gras comme un fil à couper le beurre à la face dévergondé! », « répugnante bastringue indigne de la plus noire des asiles de nuit ! », et j’en passe encore, les dizaines d’autres me sont sortit de ma tête.

      Avais-je affaire à des fous, tares de l’humanité, ou avaient-ils tous raison ? Je m’asseyais avec empressement sur l’un de ses inconfortables sièges mystérieusement déposées sur les lieux publics et que l’on appelle bancs, et sur lequel je pu réfléchir sereinement, bien que terriblement gêné par les outrages qui continuaient à mon égard. Là, je pensai à maman, et je couru pour aller la rejoindre, et cela malgré mon travail. Arrivé là-bas, je sonnai à tue-tête, le cœur palpitant, et suant de toutes parts : en chemin, on m’avait traité de cornichons pédophile, de verrue plantaire, de torche-cul râpeux, de tête dans le cul, d’émission culturel de TF1. Ma mère m’ouvrit, me dis bonjour, et elle fut la première personne qui ne m’injuriait pas de la journée !

       Je lui expliquai alors mon problème. Blasée elle me répondis avec consternation : « commence par enlever ton T-short, et ça ira beaucoup mieux ». Intrigué, je regardai cette frusque inconfortable où étaie en effet inscrit «Soulagez-vous : insultez-moi ! » Alors, je le regardai, lui expliqua qu’il s’agissait d’un des cadeau que j’avais reçu pour mon anniversaire de la veille, et elle me répondu, avec le même accablement qui la caractérisait : « quand tu t’y mets, qu’est-ce que tu peux être con ! »

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Publié dans Journaux intimes

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