2 - Son nez

Je te vois, je te regarde, je t’observe. Ton nez si beau, si leste, si brillant est comme un poisson argenté qui trouble la clarté enfantine d‘un lac de montagne. En catimini, il s’élance d’entre des deux yeux, et ruisselle sur ton visage comme une coulé de lave sur le flan d’un volcan millénaire. S’étoffant au fur et à mesure de sa courte descente, il s’arrête languissamment en un pic potelé fin et gracieux, conclusion modeste d’une volute nasale qui se creuse vers l’intérieur, en présentant en sa courbe fine une multitude de tonalités picturales différentes : ta peau est légèrement basanée à gauche, telle une terre asséchée sous un soleil de plomb ; au milieu, au sommet de ta truffe, surgit une peau brune et ténébreuse, comme si la lumière n’y parvenait pas ; à droite, la clarté radieuse de celle-ci contraste avec la reste, et ton visage entier brille de ce côté-ci avec les nuances voluptueuses que dessinent les reliefs de ton visage.
La peau toute entière y est d‘une grande pureté, lisse et légère, elle semble être comme les corolles d’une lilas qui s’étalent sur les eaux calmes d’un étang, comme les chaudes dunes innombrables d’un désert arides et monumental, comme un ciel bleu de moi de mai nullement troublé par un nuage. On ne peut s’empêcher toucher ce nez avec la plus vive délicatesse, pour voir si la peau qui le recouvre n’est pas un vulgaire artifice, toile de soie ou cire peinte en cette inimitable couleur bistrée et rayonnante.
Sous le bout de ce nez remarquable, se cache avec méfiance deux petites narines craquantes, qui forment sur les côtés de ton museau mozartien des circonvolutions complexes et ballonnées, torsades arabesques assombries d’où s’élancent deux rides insignifiantes en direction de ta bouche. Tes sens trouvent ici un de leurs point de repères, et de cet endroit de ton admirable physionomie s’enclenchent tous les parfums et toutes les senteurs du monde. L’odeur de mon admiration sans bornes parviendra-telle jusqu’à ton nez, où tu pourras sentir par le benjoin vigoureux queje t’envoie et qui te dis : je t’aime.