Journal d'un no life repenti
Aujourd’hui, mon ordinateur ne fonctionne plus, et c’est d’ailleurs la raison pour laquelle je prends le temps d’écrire ces lignes : maintenant que cette infernale machine ne m’hypnotise plus, j’ai tout le temps dont j’ai besoin pour écrire un peu de mon journal, que j’avais misérablement abandonné, et cela à cause de la face hideuse de l’écran informatique qui gît silencieusement dans mon bureau. Je m’en servais souvent avant qu’il ne tombe dans la risible panne où il se trouve aujourd’hui. Trop souvent. A cause de la conduite addictive dont il était devenu l’objet, je dormais moins, mangeai moins, ne lisais plus, ne regardais plus de films, bref, je ne faisais plus rien ! J’étais en quelques sortes un de ceux que les vaseux journalistes de l’écran cathodique surnomment avec le plus profond mépris, et à juste titre, un no life, qui ne vit plus que pour clapoter son ordinateur.
Et puis paf ! En panne, le gros machin : bien sûr au début, j’étais énervé, fou de rage, j’avais envie, presque besoin, d’y aller, comme pour y assouvir un besoin que je ne pouvais pas vraiment définir. J’étais horriblement frustré, c’étais comme si on m’empêchait de fumer une cigarette après une semaine de sevrage forcé. Mais finalement, je n’ai pas appelé d’informaticien. Je me suis dit que tout ces salauds, c’étaient rien que des profiteurs, qui exploitaient odieusement ma blafarde incapacité à régler le moindre problème robotique. Qu’ils aillent se faire foutre ! Et puis de toutes façons, avec le prix de l’ordinateur à l’achat, l’abonnements que je paye chaque mois, les ligne téléphonique surtaxées et les réparateurs à domicile qu’on paye soixante euros de l’heure, j’en ai ma claque : comme presque tous les habitants des pays du Nord, il me semble que j’ai assez donné de pognon au trisomique américain Bill.
Alors la dépouille mécanique de mon ordinateur est resté là, depuis deux ou trois jours. Et je dois dire que je ne m’en porte pas plus mal. Maintenant que je n’y passe plus la majeur de mon temps, j’ai redécouvert plein de truc : j’ai même eu envie de me promener. Dimanche j’y suis allé, et autant les décors de World of Warcraft sont bien foutus, autant il ne sont pas aussi beaux que ceux qu’on peut voir à deux pas de chez soi. Maintenant, ce n’ai même plus un problème de promener mon chien : il est tellement réaliste ! Quand il se jette sur moi pour me faire la fête, j’ai l’impression que c’est un vrai ! C’est fou comme la réalité fait plus vraie que les jeux vidéos ! Comment ai-je pu m’en priver aussi longtemps ?
Et puis le pire, c’est au niveau da ma libido : pendant des mois, ma sexualité ce résumait à ceci : 100 % de masturbation solitaire devant des sites Internet pas très catholiques. Et puis comme j’avais plus d'ordinateur, j’ai rencontré, ou plutôt, redécouvert, ma petite amie. Nom de dieu ! C’est pas la même chose ! Alors j’ai peut-être moins le choix que sur le net, et puis quand ça m’emmerde, je peux pas accélérer la scène, mais par contre, je prends vachement plus de plaisir : faut dire, l’image est tellement nette que ça doit être en haute définition !