La Solitude de la Sollicitude
Il y avait dans les escarpements abruptes d’une vallée perdues dans la profonde campagne d’un pays misérablement enclavé dans un autre, qui lui-même étai l’un des coins les plus sauvages de l’Europe, une maison. Comme cachée entre les arbres hauts de cette immense forêts qui s’étendait comme les paysages d’Irlande, c’est-à-dire à perte de vue, cette battisse hébergeait en son sain deux individus. Mais il ne s’agissait pas d’un couple, d’un binôme, d’un duo, d’un ménage ou de toutes ces sortes de choses qui se forment par l’association de deux personnes relativement proches. Car ce qu’il faut dire, c’est que la maison en question, si au milieu de cette nature déserte ne formait bien qu’un tout architectural bien complet, était en son sain coupé en deux, ce qui explique d’ailleurs qu’elle hébergeait en son sain deux individus, qui vivaient chacun, certes dans la même maison, mais dans une des deux parties que cette battisse tenait en son sain, ce qui explique par ailleurs qu’ils ne formaient pas un couple, un binôme, un duo ou un ménage.
Le bon prosateur aurait dit avec une accablante simplicité que c’est deux personnes, Jean-luc et Luc, étaient voisins. Ce qui nous laisse tous pantois de désintérêt. Hum. Jean-Luc était un homme sympathique, et son voisin Luc, aussi. Mais la sympathie qui les caractérisaient tout les deux se transformait invariablement en ce que les psychiatres appellent avec la vulgarité qui font leurs succès de l’antipathie. Or, il est très désagréable ne pas pouvoir parler à la seule personne humaine à 100 kilomètres à la ronde sans que cela ne déclenche une engueulade qui pouvait ne pas en finir, ou alors très mal. Car ce qu’il faut dire, c’est que Luc était ce que Jean-Luc appelle un musicien, et il faut reconnaître à Jean-Luc qu’il n’avait pas complètement tort sur ce point, puisque Luc lui-même se définissait lui-même comme cela : « je suis un disciple de Mozart ! » disait-il avec le verni de l’histoire sur les ongles.
Eh bien sûr un musicien digne de ce nom, ça joue souvent de la musique ! Prenant sa contrebasse, son violon, sa clarinette, son piano, son haut-bois, son orgue, il jouait sans cesse du Mozart « Toujours du Mozart ! Mais jamais du Chopin, à la clarinette, c’est très difficile ! » A cet instant il faut rappeler au lecteur ignare que vous êtes peut-être que Chopin ne composait que des œuvres pour piano, d’où cette obscure réplique dont le mystère vient d’être écarté. Le problème, c’est que Mozart, Jean-Luc, ça va cinq minutes : ils commence à en avoir assez de ce truchement qui joue sans cesse du rondo, jour et nuits !
Et un jour, il lui dit ce qu’il pensait : « vous commencer à ma faire chier avec votre musique ! » Ceux à quoi Luc, choqué répondit en reposant son alto : « Mais enfin, je pensai que, comme vous êtes sourd…. » Jean-Luc le coupa d’un geste de la main, et en langage des signes, dit : « ce n’est pas le problème : votre musique est assourdissante, entendez-vous ? » Et oui, contrairement à ce qu’on aurait croire, un musicien minable et un sourd acariâtre ne sont pas fait pour s’entendre.