Beaux Belliqueux
Ah ! La guerre, Robert Schuman l‘aime, la vraie, la pure, la dure. Celle qui, dit-il, révèle les grands peuples, les vraies patries, les puissantes nations ! Rien ne le fascine plus que le mystère de la guerre de Troie, que le génie incomparable d’Alexandre le Grand, que les puissances militaires spartiates, que l’infinité des conquêtes romaines, que le courage des chevaliers de Clovis et de Charlemagne, que l’épopée mystique et mythique de Jeanne d’arc, que la fierté farouche des indiens face au monstres espagnols, que les fortifications imprenables de Vauban, que les talents stratégiques de Napoléon, de ses inoubliables victoires et de ses humiliantes défaites bérézineuses, que les coups de folie de Napoléon III, que les souffrances des poilus et de ceux de l’arrière, à l’est comme à l’Ouest, que les guerres éclairs du moustachu teigneux, et de ses erreurs fatales, que le courage des russes à Stalingrad, que la folie des japonais kamikazes et des américains atomiques bombardiers, que les tortures françaises en Algérie, que cette guerre froide entres ces deux hyper puissances aux deux visions du monde antipodaires et des atroces combats qu’elle a entraîné en Corée et au Vietnam, que les guerres oubliés d‘Afrique, que celles du golfe, et plus récemment, que la « guerre » contre le terrorisme.
Ah ! La guerre, Robert, il l’aime, il l’adule : pour lui, c’est ce que l’homme fait de meilleur, et c’est en sommes, toutes l’histoire de l’humanité : guerre du feu, de seigneur, de religions, de classes, d’idéologies ; guerres ouvertes, clandestines, secrètes, économiques, politique, technologiques, qu’elles soit froides ou chaudes, saignantes ou bien cuites, vertes ou pas mûres, il les aime toutes ! Ce simple mot « guerre », si dure, si sec, si métallique, si poétique. Quand il l’évoque, il lui vient des tas d’images : des explosions pleines de bruit et de fureur entre deux tranchés pourrissantes, des soldats gavés de propagande prêts à se sacrifier pour leurs pays, des avions se tirant les uns sur les autres dans un ciel bleu azur d’une ahurissante beauté, des chevaux se renversants sur leur cavalier perforé d’une épée, des champignons atomiques gigantesques transperçant les nuages, des flèches piquantes s’envolant dans les aires et retombant dans le torses d’une cible lointaine, d’étendards fièrement dressés flottants sous les trompettes annonçant la charge, des soldats masqués débarquant sur une plage sous la mitraille, de béliers défonçant les portes de châteaux assiégés, de peloton d’exécution où retentissent tirs, cris et hymnes !
Ah ! La guerre, quel spectacle, quel réjouissances, quel révélateur de la bravoure des hommes et de la fierté des peuples qui offre à chaque siècle son pesant d’héroïsme, de sang, de mort, de charognes et d’industriels gavés jusqu’à plus soif ! Quelle brillante symphonie de nationalisme, de bourrage de cerveau, de sacrifice, de cris de douleur, de membre torturés et arrachés, de villes bombardées, de régions dévastées, de peuple exterminés. Quel exquis exemple de la bêtise humaine, de sa capacité à faire du mal, de sa joie à la destruction, de son incapacité à la contemplation et à la réflexion, de sa plus totale et sombre caducité, de son impardonnable et inégalable nullité, de sa profonde et absolue médiocrité ! Robert, vraiment, la guerre, il l’aime : mais bientôt, il va tenter de s’intéresser à autre chose, un autre penchant de l’âme humain, un truc bizarre qui s’appelle l’art. Après Guillaume le Conquérant et Hitler, il va s’intéresser à Mozart et Michel-Ange, ce qui est très rassurant pour sa santé mentale.