Les sombres menaces du dialecte des hommes-grenouilles

Publié le par Lukaleo



Il faisait nuit, et Jean-David de la Tour d’Orsciple ne trouvait point d’issues à sa terrible solitude. Il s’était enfermé dans ses chiottes depuis trois jours, et refusait d’en sortir. C’était comme il disait, un havre de paix, son monastère, son arbre fruitier. Mais là, trois jours sans boire ni manger ; ça commençait à faire un peu long quand même.

Jean-David de la Tour d’Orsciple était né il y a plus de trente-huit ans dans un château qui l’abrite encore aujourd’hui, grand par la taille et le prestige ; aussi, il avait une fenêtre. Dès son plus jeune âge, Jean-David de la Tour d’Orsciple mène une vie recluse de célibataire endurci. En moyenne section, ses détracteurs diront de lui : « Il est le Jean-Claude Dureste du XXème siècle ! » citation qui tombera, hélas dans l’oubli, dans la mesure où peu se souviennent de Jean-Claude Dureste. Toujours est-il que Jean-David de la Tour d’Orsciple était encore et toujours cloîtré dans ses chiottes fermés à clés. Jean-David avait toujours eu peur de l’extérieur.

Soudain, dans une sorte d’acquisition d’un état jugé second par les spécialistes, Jean-David parvint à se lever du trône sur lequel il siégeait depuis donc trois jours. Il ne fallut pas plus de deux minutes pour que ce dernier retrouve finalement sa position initiale. Une nouvelle fois, Jean-David de la Tour d’Orsciple n’avait pu franchir l’épreuve qui lui incombait. Le fardeau de toutes tentatives de sortie était tellement lourd et pesant, que Jésus, fils de Dieu, aurait rechigné à naître face à un semblable sacerdoce. Car vous l’aurez compris, Jean-David ne parvenait pas, avec toute la bonne volonté du monde, à s’extraire de cette pièce face à l’inconnu, à l’extérieur, qui représente, et c’est bien connu, une source de menace ; celui-ci fut-il son salon ! Ce blocage à la foi psychologique et  physiologique semblait atteindre un point jusqu’à hier insoupçonné.

Souvent, il allait y aller, car il souffrait de sa condition, et puis finalement, sa peur le dominait, son angoisse maladive prenait le dessus, sa frayeur le submergeait ; il retombait ensuite dans la douleur de ne pas l’avoir fait. Ce à quoi il rajoutait dans l’optique de se rassurer : « Demain je sors ! »

Jean-David était un faible. Au sixième jour il demeurait à nouveau dans ses chiottes, sans même avoir pris la peine de tenter de sortir d’y celui-ci. Alors il fondit en  larme devant l’accablant spectacle qu’il avait l’outrecuidance d’interpréter là. Tandis qu’il revoyait défiler sa vie ; il ne voyait rien. Et puis, dans un éclair lumineux de génie, Jean-David de la Tour d’Orsciple comprit qu’il ne pouvait pas sortir de la pièce. Il voulut crier à l’aide, manifester son alarme de tir de s.o.s. et envoyer des sémaphores ; mais il pensait que personne ne s’en soucierait. Alors dans son désespoir sournois, et se refusant à crever ici, dans le déambulatoire nauséabond des oraisons fécales et des conjurations urinaires, il eut une idée, l’apothéose d’une vie ratée.

De sa main tremblante, il ouvrit la lunette des chiottes. De sa jambe chancelante, il l’introduisit à l’intérieur. De son corps disloqué, il s’engagea dans le conduit. De sa tête vacillante, il se trouvait tout entier dans la canalisation sanitaire de soulagement. A la grande surprise de Jean-David, il faisait noir. Alors, s’en savoir où il mettait les pieds, il avançait, rampant dans une odeur au demeurant agréable (il n’avait pas mis de Canard WC). Un instant plus tard, il se notait une lueur resplendissante de lumière au loin. Il allait en cette direction malgré l’émanation, pour le coup, d’un odeur fétide et de contact avec une matière au demeurant, peu réjouissant. Puis, une soudaine arrivée d’eau emporta malheureusement Jean-David dans les méandres des sens giratoires de ces pestilentielles canalisations souterraines.

Les jours passèrent et, par une belle matinée de janvier, on retrouvait Jean-David, porté disparu depuis des mois, en pleine mer Méditerranée. Il fut secouru, puis, dans l’hôpital de Pignard-les-Pignons, il retrouvait sa forme initiale. Il regagnait son domicile après une semaine, tout au plus, d’observation.

Heureux de retrouver son logis, ce ne fut pas sur une pointe de bonheur renforcé qu’il y fit entrer Samantha, une jeune femme qu’il avait rencontré lors de son périple dans les transits intestinaux de ses chiottes. « C’est fou, tout ce qu’on peut rencontrer de monde dans ses chiottes ! » disait-il, hilare. A cet instant, Jean-David fut pris d’une envie pressante. Il couru aux chiottes, et fit ce qu’il avait à faire. « Tu te bouges ?! » criait Samantha  impatiente de perdre son pucelage. « Oui ben, j’arrive ! A dans trois mois ! »

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Publié dans Nouvelles enivrées

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