Poids trop n'en faut

Né assez maigre en 1983, Simon Frocard avait dès les âges consternants, acnéiques et pubescents qui sont ceux de l’adolescence, acquis une certaine réputation pondérale non dissimulable selon son médecin et sa balance ; due à la qualité de la nourriture qu’il ingurgitait lamentablement. En vérité, Simon Frocard était entré sans le savoir dans les sournoiseries et artifices inéluctables d’un cercle vicieux qui n’en finissait pas de vicier. En effet, Simon Frocard était confronté à des stigmatisations incessantes et perpétuelles, parfois résultats de l’inconscience collective des ignobles personnages qu’il côtoyait tragiquement qui riaient délibérément de ses semblables, ses frères, donc lui. Clairement ciblé, enfin le croyait-il, Simon Frocard se dévalorisait ainsi lui-même, non pas tant par sadomasochisme, mais davantage par l’engrenage fatidique des rouages enroués de l'émanation sentimentale qui bouleversent indubitablement, par un automatisme incontrôlable, les tréfonds impénétrables de son âme (humaine).
Le cercle vicieux susnommé débouchait ensuite, pour se clore partiellement sur une apothéose fictivement finale le congédiant à nouveau vers les étapes réitératives susdécrites, sur une funeste pratique alimentaire compensatoire se concluant sur une prise de poids imputrescible. C’est ainsi, que Simon Frocard est gros.
Le mot fatalisme ne faisant pas parti de son vocabulaire étant donné la pauvreté de celui-ci, Simon Frocard n’en demeurait pas moins un gentil petit gars de 200 kilos décomplexé comme aimait l’appeler sa grand-mère à qui il rendait visite tout les mardi (authentique). Et avait du reste une vie tout à fait ennuyeuse de banalités.
Par une fin d’après-midi grisâtre où il venait de rendre visite à se chère grand-mère veuve, il remarquait dans la pénombre d’une rue déserte et derrière lui, un individu au faciès peu académique. Outre cela, il poursuivait son chemin en s’efforçant d’accélérer le pas déjà soutenu. Voyant le mystérieux personnage se rapprocher en effectuant un signe obsolète d’une main en l’air, Simon Frocard, sentant une menace imminente, exécutait de plus amples enjambées tant bien que son agrégat pondéral pouvait lui accorder. Alors que des gouttes bleuâtres suintaient sur ses tempes arides, il percevait depuis les fins fond des ses poumons encombrés une suffocation haletante plutôt encombrante dont la simple évocation me soulève les bronches ; l’offensif individu de derrière talonnait à présent notre bonhomme.
Subitement, lançant des regards alarmés et postérieurs, Simon Frocard céda à la lutte à distance qu’il avait lui-même déclenchée et qui était d’ailleurs était de moins en moins à distance : il tenta de fuir en courant le plus vite qu’il le pouvait. A peine avait-il couvert dix mètres, qu’une étincelle provenant du frottement incessant et répétitif de ses deux cuisses proéminentes de 120 kilos se déclencha brusquement ; non de dieu, Simon Frocard prenait feu ! S’agitant sans plus savoir où il allait, il parvenait à une large place stérile. Et tandis qu’il se consumait en hurlant à la mort la douleur qui était la sienne devant les yeux stupéfiés de l’étrange homme qui ne pouvait rien faire, Simon Frocard ressemblait littéralement à une torche humaine qui agonisait à présent sur les trottoirs moribonds. Et puis, le feu et son âme s’éteignirent synchroniquement.
L’inconnu qui poursuivait notre héros il n’y a pas plus de dix lignes, et du reste seul témoin de la scène, s’approcha de Simon Frocard et lui chuchota : « Vous n’auriez pas l’heure par hasard ? » Finalement insatisfait, il reprit son chemin laissant le graisseux cadavre carbonisé de notre héros qui, ironie du sort, payait cher sa grande paranoïa.