Journal d'un Farinata envers ces dames
Ah ! Ces femmes à la mode, comme elles m'affligent, elles sont sans esprits, sans profondeurs. Toutes, pour la plupart, elles sont d'innommables gâchis, victimes de leur époque sans exigence ; toutes superficielles qu'elles sont, elles sombrent dans la perversité la plus totale. Ces décadentes-là n'ont rien que leur corps, et leur vide insondable pour nous séduire, nous autres malheureux. Même les plus fines sont en quelque façon consternantes, inscrites dans la plus sombre platitude, certes avec un peu de grâce, mais ce fragment d'audace est si vite englouti par la bassesse généralisée, ô l'ignoble bassesse généralisée. Elles sont si vite engagées dans les pires lectures, et dans un sentimentalisme à l'eau de rose dont seules sont capables des écrivains aussi médiocres qu'Anna Galvada ou Guillaume Musso, injustement connus du grand public qui met si évidemment en valeur leur toute-puissante banalité que même les esprits les plus dignes et lointains se voient contraints de les connaître, à leur plus grande honte, et au nom de l'injustice la plus insupportable qu'on nomme démocratie ! Mais voilà que je m'égare de mon sujet car je parlais justement de ce qui devrait avoir encore une valeur, de la femme, de ces femmes à la mode qui me consternent parce que leurs éducations sont ratées, alors même qu'elles pourraient, en plus de leur joliesse naturelle, de surcroit posséder quelque beauté, non pas intellectuelle, mais plutôt spirituelle. L'esprit est mort. C'est surement Descartes qui l'a tué.
Nous voilà maintenant dans les enfers, noyés ; nous voilà dans l'ère de la sottise naturelle. Quelle exaltation. Le pire est encore ailleurs ; ces femmes à la mode dont je cause depuis le début, elles ont non seulement tout perdus, au cours d'une longue déchéance accentuée par le féminisme, infamie intolérable et imposture insupportable pour nous autres poètes de l'amour et séducteurs grandiloquents. Nous avons affaire à des ruines construites sur des ruines et nous continuons à jouer au jeu de la galanterie et de la minauderie comme si de rien n'était ; mais quoi ! tout cela est bien fini. Toutes ces damoiselles qui singent des postures fardées d'audace ou de mélancolie, mais ce n'est que du fard ! et il est peinturluré fort mal à propos, avec une maladresse qui me rende ces filles à la mode encore plus odieuses !
Mais mon malheur, Ô mon grand malheur ! c'est que ces mesdames, je les aime quand même ; tous autant qu'elles sont, je les aime d'un amour fou, total, convulsif ! Leurs coquetteries toutes identiques me les rendent finalement émouvantes, et belles ; qu'elles sont sympathiques. Elles n'ont rien pour elles que ce qu'en font les hommes. Or moi, je veux les aimer et cesser d'être fatigué de les avoir en horreur. Ces mignonnettes. Et à force d'en être fol, j'ai maintenant trouvé d'excellentes raisons de les désirer. « Prendre les filles pour ce qu'elles ne sont pas et les laisser pour ce qu'elles sont ! » voilà ma maxime ; toujours je me lèverais pour elles ! Jamais je demeurerais indécis s'il s'agit de ces Florences-là, de mes mijaurées à la mode qui m'offusquent mais qu'au fond j'aime par-delà ma vanité, car au fond, je suis bienveillant.
Alors, du haut de ma bienveillance, permettez-moi cher Journal, de les insulter une dernière fois. Voilà.