Louis Vidal, nous voilà ! - De Clovis à Sarkozy (2/10)

13.
NEKUIA – 2/10
Sacré Charlemagne !
Et Charlemagne s’approchait, grave et sinistre, dans une posture où luisait la gloire, la grandeur et l’éclat de son règne aixois au firmament du ciel : « Comme je comprends ta rage et ta colère, Clovis, illustre prédécesseur !... Hélas, oui, tu n’a que trop raison, Clovis : Louis Vidal ne mérite que la mort, la torture et les tourments !... Car il n’est pas pire crime que celui qui atteinte à la Patrie !... La mort, te dis-je !... la mort ! » Et Louis Vidal se taisait, impuissant à ne rien faire, résigné, dans la pâleur moite d’un désespoir en allé, où ne sifflait qu’une dernière étincelle de vie, âpre, amère et raboteuse comme Azincourt. « Je me souviens, disait Charlemagne, de cet Empire, qui était le mien, qui était le nôtre !.... je revois ses plaines sublimes, qui s’étendaient d’un bout à l’autre de l’Europe… Occident : vaste pays qui est le mien !... An 800 : une date de fer, une date qui sonne dur !... Moi, l’analphabète : Empereur !... J’avais le globe dans ma main, j’avais tout : l’avenir et le pouvoir, la gloire et le génie !... J’ai forgé l’Europe moderne, de mes mains, entends-tu ?... j’ai pris cette jeune fille, Francie, vierge et juvénile, fille aînée de l’Eglise, né du baptême de Clovis… Et cette jeune fille, je l’ai fait grandir, la portant des limbes de l’enfance jusqu’aux fureurs des temps adolescents, où l’âme bouillonne et le corps se transforme !... Elle n’était plus la France même ; elle était plus que cela, lancée toute entière dans une révolte furibonde, où se lisait les beuglements sourds de l’Histoire en marche !... Elle était l’Europe et l’occident tout à la fois, cette furibarde jouvencelle !... Et dans ma main de fer, j’ai contenu ses excès, moi Charlemagne, et sa mère, l’Eglise, faisait de même, l’a rendant toujours plus forte et solide. Nous l’avons élevé, douce Francie – et comme nous l’avons aimé. Et à l’heure de ma mort, elle s’est assagie, plus pieuse, plus petite : mais plus forte encore !... Car dans les grands chambardements de ce premier millénaire, mon Dieu : elle était la première à se tenir debout, Francie : fière et droite, au travail, sculptant son nom fleurdelisé dans l’alabastrite dorée du grand livre de l’épopée humaine, tandis que toutes les autres nations d’Europe, insignifiants embryons étatiques, rampaient encore minablement dans l’obscure margouillis qu’avait sécrété la chute de Rome – tristesse infinie !... Oui, la France fut la première à être elle-même. Elle fut la première, entends-tu !?... Oui, la première à naître : la première à forger un Nous, fort, puissant et millionnaire !... Cela est notre œuvre : à moi et à Clovis… lui le mérovingien, moi le carolingiens !... trois siècles de dur labeur pour construire une patrie millénaire !... Alors que toi, Louis Vidal, il ne t’as fallut qu’une vie pour tout foutre en l’air !... Comment as-tu pu, ignoble barbare ?... Comment as-tu pu trahir cette douce nation, qui était la tienne ?... comment choisir les champs célestes et non moins hypothétiques de l’Eglise, quand tu avais ceux de la fille à portée de main ?... comment quitter la France, laïque, pour rejoindre sa mère odieuse, la catholique, la romaine ; cette louve vorace… ? Comment faire tout cela lorsqu’on est le plus français de tous les hommes ?!... Ah ! Louis Vidal ne savais-tu point que l’amour entre la France et l’Eglise était mort, et qu’il avait laissé place à la détestation : qu’elle rivalisaient, séparées l’une contre l’autre ?... Qu’elle grossière erreur !... Tu as fait mourir la France par ton exil !... Que dis-je, par ton exil ? Par ta trahison !... Tu as nié la vie qui était en toi, Louis Vidal le chrétien ; tu as plongé ton existence dans un horrible exercice de mort et d’atroce bigoterie : et ta flamme patriotique s’en est éteinte ; et la France avec… Il n’y a plus rien !... Alors… Louis Vidal, vient mourir avec nous, oui, viens mourir ! » Et Louis Vidal en effet, voulait mourir, car tout cela n’avait plus de sens… Alors il s’approcha de Charlemagne et de Clovis, les deux fondateurs, qui lui disaient tous bas les mots des pauvres gens : « Dans mes bras ! »