Incipit Aïdigalayou

Nel mezzo del camin di nostra vita
mi ritrovai per une selva oscura,
ché la diritta via era smarrita.
« Lautréamont ? Je dirais la révolte. Oui… la révolte absolue ; d’une intensité de dessous de bras : une révolte qui sent l’entité cadavérique à plein nez, une révolte qui rêve et qui beugle en même temps. Lautréamont, c’est un délire de narcisse, oui : un délire qui s’égare dans la profondeur des nuits sans lune, et qui en fait surgir le comble de la Vérité ! Lautréamont, je te le dis, c’est un Dante surréaliste… C’est le Dante du bestiaire, le Dante qui piétine Lucifer, celui qui rentre dans l’enfer comme Maldoror dans un Lupanar ! Ah ! Dante… arbre ?... pierre ?... homme ? …. Non, non ! Rien de tout cela : Dante, seulement ! Comme elle s’élève haute sa Divine – ou comme elle s’enfonce profondément ! Je te le dis, mon frère, je te le dis, Dante et Lautréamont l’ont bien compris : il faut donner à l’humanité une éthique infernale !... Non plus une vulgaire « Ethique à Nicomaque » – dépassé que tout cela !... non ! Non !... ce qu’il vous faut, frères humains, c’est une « Ethique à Maldoror » ! Ah !... vous êtes là, attardés dans votre soi-disant Purgatoire, à regarder le fracas de votre silence, dans une torpeur bienheureuse, où ne luit rien que votre Grèce antique !... Je te le dis : votre monde n’est pas un purgatoire, encore moins un Paradis : c’est un enfer ! Et vous y êtes!... et vous devez y vivre !... il ne s’agit plus de regarder les fleurs ou les libellules !... Le monde n’est pas un panorama !... il est un enfer – votre enfer !… Alors, je te le dis, mon fils, à bas les « cogito » et autres « connais-toi toi-même » ; il est finit ce temps où il fallait cultiver votre jardin ! Vulgarité !... La terre est ronde !… Ronde comme un bolge ! Elle est un enfer ; vous en êtes les damnés – vous qui brûler dans l’échec. Vous ne pouvez plus vous permettre d’attendre encore. L’éternité n’est pas assez longue !... Il faut vous réveiller, il faut vous révolter… Finie la trompette ; appelez le tocsin ! Et que sonne le glas !... Construisez une éthique de l’enfer !… Car l’enfer est là, qui vous tend les bras ; et il est tout proche, il est presque à vous… Quoi ! N’oubliez jamais qu’il est mieux de régner sur l’enfer, plutôt que de servir au paradis !... Mon ami, donne-moi la main… toi-là, oui toi, approche mon frère !... Il est temps de sacrer votre renouveau, frères humains : l’humanité va prendre conscience d’elle-même !... Une éthique infernale va la plonger dans son plus bel instant, et l’éclairer sous son meilleur jour. Il est de temps remettre la violence au goût du jour !... Le printemps ne revient pas sans sacrifice !... et sans l’hiver qui agonise. Vous ne pouvez plus dormir ! Il est temps de vous battre ; il est temps d’hurler ! Vous ne pouvez plus vous taire. Se taire est le propre des lâches, de ceux qui n’ont pas d’audace. Se taire est le propre de ceux qui n’ont pas l’audace d’être digne. Ah ! Vous vivez une époque épique, et vous n’avez plus rien d’épique !... Que l’humanité se réveille enfin ! Qu’elle est un peu l’audace de regarder en face la flétrissure qui la ronge ! Qu’elle prenne conscience de ce Lucifer-là, de son Lucifer : de ce Lucifer qui s’appelle l’échec !... Qu’elle n’est plus peur de le rejoindre pour mieux le dépasser ! Qu’elle en est l’audace !... le temps est venu de se battre ! En enfer on n’agit pas : on se bat ! Viens mon frère, approche, toi, oui, toi, plus près ! Il est temps que tu te battes !... Il est temps que tu exhortes tes frères au combat !... Vous êtes perdus, au milieu du chemin de votre vie… vous êtes perdus… Mais toi, tu vas venir les sauver… tu es leur Virgile ! Tu vas leur montrer le chemin qui mène à au cœur de l’échec, et de là vous aurez l’audace de renaître, d’être digne !... Vas, mon amis, vas leur dire combien la réussite n’est pas humaine !... vas leur apprendre le chemin de l’échec !... et comment se trouver digne devant lui !... Enseigne-leur l’audace, mon ami !... Oui, voilà ton rôle, mon frère… voilà ton destin, mon ami… tu seras Jovial, ou tu ne seras pas... et ton nom, je te le dis : ton nom sera Aïdigalayou !…»