Philosophie de Robert A. II

Quelle était la philosophie de Robert A. ? ce fut difficile à dire pour la simple raison qu'il renonça fort rapidement à l'écrire bien qu'il eut de quoi méditer durant toutes ses années d'existence. Ainsi donc, Robert A. mourrait en ce début de XXIème siècle, un siècle sur lequel il était, il faut bien le dire, suffisamment pessimiste pour critiquer outrageusement tous ceux qui considérait ce début de millénaire comme le début d'un nouvel espoir ; faisant suite au destructeur XXème siècle, il devait être une reconstruction de tout un déclin qui se serait achevé au siècle dernier. Et cela, Robert A. ne pouvait l'accepter. Il pensait qu'envisager le XXème comme la fin de quelque chose, et que par conséquent, le XXIème comme le début d'une nouvelle ère, était une profonde erreur qui relevait seulement de l'illusion et d'une simplification exacerbée. Par ailleurs, il n'hésitait pas à affirmer que ce qui fut constructif en cette époque des deux guerres mondiales, c'est à dire, la littérature, la philosophie, ne devait être considérée que comme attachée à cette même période et qu'on ne pouvait guère en attendre quelque chose, puisque cela se trouvant être « caduc » ; il en était de même ainsi de la peinture, de la musique, etc indécollables de leur vingtième siècle. Il s'agit quand même de préciser ces aberrations dont Robert A. se voulait être le déclamateur impie. En vérité, il était bien d'accord pour affirmer que déjà au XIXème siècle avait-été annoncé l'explosion cataclysmique, la chute accélérée, la dégénérescence suprême qui allait bouleverser le monde ; et précisément si le XIXème a pu prédire dans la pensée, et celle des hommes, la catastrophe à venir, de même qu'on a pu tenter d'éviter ce qui apparaissait comme un oracle, et avec toute la fatalité que cela entraîne ; ces tentatives d'évitement furent vaines et l'on eu donc le feu d'artifice magistral promis. Or, le siècle qui fut celui du sang, de la sueur et des larmes s'étant achevé, alors qu'on avait déjà entrepris une apparente reconstruction politique, on eut pu avoir la sensation que tout était à refaire ; avec tout l'espoir que cela implique après tant de bruit et de fureur. Oui mais ne serions-nous point encore dans un déclin dont l'aboutissement ne fut pas le douloureux XXème et ses escarmouches belliqueuses de dimension conséquente, mais un moment plus grave et à venir ? ou tout au plus, ne serions-nous pas dans une situation d'immobilité pataugeant, une sorte d'immobilisme en marche ; et par conséquent dans un déclin perpétuel. C'est ce que pensait Robert A. qui devait envisager pourtant, philosophe qu'il était, un moyen de dépasser une période dont on veut croire qu'elle est renaissante, mais manque de chance, voilà qu'il y a une crise économique, et l'on panique comme si Dieu était mort, alors qu'il l'est déjà. S'agit-il donc de fonder de nouvelles valeurs, comme l'aurait dit Nietzsche, d'appeler l'homme à se dépasser. Cependant la tentative nietzschéenne fut un échec et Robert A. aurait dut parvenir à son dessin fou, celui d'appeler l'homme à sa renaissance après tant de souffrance et d'abaissement, il aurait dut redonner à l'homme sa dignité, lui rendre son audace ; en somme, son audace d'être digne, et Robert A., ne fut pas loin de triompher lorsqu'il pensa le jovial ! L'intuition la plus belle, la plus profonde et grande ; une intuition si brillante et sublime, que jamais de toute sa vie, il ne put l'exprimer par les mots, jamais il ne réussit à faire de cette pensée scintillante et éblouissante une solidité et une cohérence syntaxique ; il nous revient donc à nous, modestement, la tâche guère aisée de le faire, et ce au prix d'une tentative, certes noble, mais déjà vaine !