Roland Barthes, fantasmatique

Publié le par Jovialovitch


 

     Alors qu'il s'éveillait fasciné par les rayons infinitésimales, pulvérulents et tisonnant du soleil, Roland Barthes sentait sur sa peau tiède, une chaleur treillissée et qui, gorgée de vitalité, se déposait sur sa peau lustrée. En cet instant, il songeait à l'herbe du jardin encore ombragée et parsemée d'une fine humidité que les oiseaux foulaient en staccato. Roland Barthes pensait aussi ce silence matinal qui régnait toujours radieux et qui faisait que le temps se dilatait. Sur ces entrefaites, il chaussait ses mocassins et descendait boire du thé. Seulement ce matin-là, Roland Barthes eut un phantasme. Il s'imaginât descendre à la cuisine, et là, assise de dos sur une chaise, une jeune femme. Elle a des cheveux longs, châtain foncés ; elle ne vous a pas entendu car vous ne faites aucun bruit, et elle-même est silencieuse tout en buvant une tasse de thé fumante. Peut-être pense-t-elle car elle ne vous remarque pas et vous même ne savez trop comment faire votre entrée. Vous êtes surpris et vous êtes intimidé par cette présence féminine. Vous faites comme si de rien n'était, vous repartez et vous vous réfléchissez. Que puis-je lui dire. Vous revenez, toujours discrètement, - vous n'osez parler ou vous approchez pour ne pas l'effrayer – que faire, faire un peu de bruit ? Passez par le jardin et la saluer par la fenêtre, en face à face ? Ne rien faire, la laisser ? Dans son phantasme, Roland Barthes se retrouvait parmi les oiseaux trépignant, et dans le jardin auquel il méditait tout à l'heure. Il contemplait les roses à peine éclairées et dont les couleurs se dissociaient en un rouge pourpré et un rouge plus vif, rosacé, également imprégnées des larmes matinales, et devant lesquelles Roland Barthes passait jusqu'à se retrouver devant la fenêtre de la cuisine. Il s'en approchât, et vit la jeune femme de face qui était belle, vêtue d'une légère chemise, et qui paraissait perdue dans ses pensées, une tasse à la main. Elle était d'autant plus belle que sa beauté était involontaire et inconsciente, naturelle. Mais hélas, elle ne vit pas Roland Barthes, bien que ses yeux noirs durent être posés sur la fenêtre où l'homme paraissait, tout timide. Il rentrât à nouveau dans la maison et là, dans la cuisine, il vit qu'elle n'était plus assise. Il eut un instant de panique et tournât la tête pour voir si elle n'était pas derrière lui. Mais non, elle était à la salle de bain ; et Roland Barthes entendit le bruit de la douche qui se déclenchait, premier frisson qui vient rompre le silence de la matinée, mais en lui donnant un parfum de fraicheur et toujours de sérénité, comme les fontaines en jet d'eau. Roland Barthes ne put s'empêcher de s'approcher de la porte fermée qui en vérité, parce qu'il appuya la poignée, n'était pas close ; et il l'entrouvrit tout doucement pour y pouvoir passer la tête. Là, il remarqua le rideau translucide et bleuté imbibé par l'eau et la vapeur de la douche, qui laissait voir derrière, le profil de la jeune femme, libre absolument, et qui se croyait un enfant, innocent, et une sirène, envoûtante. Roland Barthes referma délicatement la porte pour ne pas se faire remarquer dans cette position équivoque, mais demeura derrière, agité et vibratile. Lorsque l'eau cessât de couler, il se dissimula dans son bureau à côté, juste devant sa bibliothèque. Il entendit s'ouvrir la porte et ressentit une bouffée chaude qui émanait du bain, il vit sortir la jeune femme qui passât furtivement, vêtue d'une serviette blanche et qui montât les escaliers pour aller s'habiller. Roland Barthes la suivi et on n'entendit ses pas car le sol était revêtue d'une opulente moquette qui maintenait la discrétion. Il ne se permit d'abord pas de regarder par la serrure, mais il finit par s'y résoudre, simplement pour apercevoir un peu de sa beauté intérieure. Et puis il tentait d'écouter ses pas pour savoir si elle allait sortir ; effectivement, elle ouvrit la porte, mais à peine car elle se ravisa et retourna chercher quelque chose dans la chambre, et enfin elle sortit ; Roland Barthes s'était dissimulé entre un meuble et une sculpture. Simplement, il y avait un miroir un peu décalé sur le mur d'en face et la jeune femme qui s'y appréciait, aperçu Roland Barthes, tout honteux et effrayer d'avoir pu lui faire peur. Alors, il s'empressa de quitter sa cachette et se présentât à la jeune femme, désolé, confus de l'avoir guetter tout en expliquant qu'il avait été surpris de sa présence, et qu'aussi, il avait été immédiatement fasciné par sa beauté. Aussitôt, la jeune femme réagit ; elle était non moins troublée qu'elle affirmât qu'elle s'était rendu compte dès le début qu'il y avait quelqu'un derrière elle lorsqu'elle déjeunait, mais qu'elle n'avait osé se retourner ; elle lui dit aussi qu'elle avait fait semblant de ne pas le voir car elle était timide, mais qu'elle le trouvait très beau, et qu'elle aurait voulu l'aimer. Roland Barthes cessât son phantasme car sa femme s'éveillait, et qu'il dût l'embrasser pour qu'elle ne se doutât de rien.

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Publié dans Nouvelles enivrées

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