Journal de la Crise
Attention, derrière vous ! Je suis là, je guette et je veille !... Prenez garde, braves gens, la crise (la crise !) c’est moi la crise ! Ah !... et je me ris de vous comme de la peste ! Je me marre !... doucement et bien fort à la fois ! Je retentis ! Je m’exclame sans cesse, en sautillant folichonne sur les courbes en bernes ! Quel tournis !... un assourdissant looping, que d’acrobaties ces derniers temps ! La pente est raide ; je glisse en schooner sur les pourcentages négatifs ! Que je m’amuse ! Quelle bombance !... sensation d’outre-monde ! Ah ! La finance, le rire et le chiffre ! Inacceptable et honteux ! Que de taux directeurs qui s’esclaffent, que je bouscule, les bourses toutes transpirantes d’écumes conjoncturelles, elles s’en rongent les doigts, les mignonnes !... elles en ont plus d'ergots, les pauvres : elles attaquent les os ! « Eh, les filles, mettez donc des gants ! Ah ! »...
Ah, vraiment, qu’est-ce qu’on se marre : tout ces quantièmes qui défilent et s’enfilent, ces effrois boursiers en folie, spéculations suicidées, boursicotages foireux la mistinguette, computations j’y fusille, moi !... ventes a gogo, entrepreneurs excommuniés, défroqués les complices, allez vous rhabillez ! Choc pétrolier en sus ! Je me marre, quelle histoire ! Eh, je suis allé voir Mister Nasdaq à l’hôpital, là, et ça va pas fort ! L’est tout penaud, tout riquiqui le new-yorkais ! Enrhumé tout plein, l’altruiste ! Ah, ça change rudement de l'habitude !... et tous ses copains, à Londres, à Paris, à Francfort, à Tokyo, c’est la pagaille ! Ah !... quel bonheur, quelle euphorie ! Ah, c’est pas pour dire, mais en ce moment, je suis le plus actif de tous les agents économiques de la planète mondialisée… Sur le cul, qu’il sont, les copains ! Un bordel comme pas deux ! Un vraie boueuse, la finance en rut qui s'époumone la quille, le monde qui crisse sévère, ça chie l’inflation, le plus gros krash depuis longtemps !... Kapital paumé au rabais, tout joué au carte, coup de poker pouassseux la timbale !... du par terre, dans le trou... la merde noyée sous les milliards !... l'économie façon Crébillon Père ! Mon œuvre ! Ma vie ! Moi : la Crise !
Quand je vois toutes ces petites vioques rabougries qui tremblotent de la main gauches en allant chercher leur bas-de-laines goutte d’eau, planqués depuis 67 chez le Crédit Agricole ! Je suis au bord de la jouissive ! Mais jusqu’où que je vais aller ? C’est que je m’arrête plus ! L’inspiration, ça se commande pas ! Bon, c'est vrai, j’en éclate des bulles "spéculatives", comme ça, de temps en temps, tous les six mois, je rejoue la chanson… Mais là, c’est du sérieux, macroéconomique : j’ai du manger un truc pas normal, je sais pas… pycnostyle allez savoir… je me sens forte, tout ce que je touche du doigt, hop, une petite pichenette de pucelle, et badaboum ! tout ça se casse la figure ! Fracassant la panse aux 60 millions de consommateurs ; col blancs épargnants la bouse en costume cravate ! Je souffle à peine, et pouf : l'empire château de carte dégringole bien quick… Ah j’ai vraiment la pêche ! Interactions, tout est si simple ! C’est ça, les grands jours ! D’habitude, elle tient la richesse des nations,… faut dire, y’a l’autre, là, l’Etat-gendarme, le tout sévère, qui veille au grain, avec ses gros yeux… Mais là, bon dieu, impuissante la keynésienne : je me la carre, l'intervention !... C’est la récré ! J’en écrase méchamment ! Tout tombe ! C’est la chute ! Je fulmine ! C’est mon heure ! Faut que je me défoule, que je loupe rien, pas un point de croissance! Tous les billets, des côtés de l'atlantique, je vais les croquer, je vais les gober secs, je vais m’empoigner le PIB et la plume jusqu’au fond des tripes… et après : déglutir du chômage, refouler du goulot de la récession ! Je sens que je pue déjà la dépression à pleines narines, mes aisselles empestent la morosité ! ça rappelle le bon vieux temps, 1929 et compagnie, que de souvenirs !