Journal de Platon

Publié le par Jovialovitch

     Ben ça alors ! Quelle journée ! Folle équipée : péril et heur s’il en est !... J’étais là, rêvassant songeur, sur un lit de flanelles pourpres et somnolentes, entendant des sons informes et regardant les mots et les choses posées devant ma perception, fatiguée de percevoir ; quand, d’un coup d’un seul, toute mon âme se renversa ! Diable ! J’en fus retourné ! Congestionné à plat ! Remué tout plein ! Mais qu’est-ce ? Là, bing, hop, sans prévenir, un choc ! Un séisme dedans mon psychisme ! Du tamponnement plein les oreilles ! Des poumons qui s’évanouissent ! Des yeux qui tremblent et des fesses qui applaudissent ! Aux secours ! Que m’arrive-t-il ! Mes dents dansent ! Mon nez mâche et mon front fond ! Scandale ! Alerte ! Je perds le contrôle ! Mais oui ! C’était bien ça ! Je ne me contrôlai plus ! Plus de commandes ! Je m’en allais ! Mon esprit, mon âme, mon essence s’extirpait de cette carcasse odieuse piteuse et suffocante ! Ciel, je m’élevai ! Gaspation ! C’est l’ascension ! J’y vais tout droit. Mais où ? Eh ! Je ne vois plus les choses, je n’entend plus les bruits ! Je n’ai même plus mon propre corps ! Où que je suis ? Dans le néant ? Mais… cette lumière ! Eh ! Mais c’est atroce ! Ah ! J’y vois plus ! J’y brûle ! J’y flambe ! J’hâle, j’hâle les copains ! Atroce ! Effroyable ! Où que je m’élève à cette allure ? Mais oui !... vers le soleil ! Bon dieu, mais ça y est, j’y fonce vers la vérité ! Tout droit ! Ah ! Vérité ! J’arrive, je charge ma belle et jolie dame d’honneur ! Amour de ma vie ! Déesse et immortelle ! Mais je n’en peux plus de cette lumière, je veux revoir l’ombre d’en bas, laissez-moi redescendre ! Pitié ! Oh ! Attendez, attendez, je m’habitue ! Ca y est ! J’y vois de nouveau ! Oh ! Mais oui ! Par Socrate oui ! J’y suis ! M’y voilà ! Ah, quel extase ! Le monde des idées ! La vérité ! Le soleil ! Vérité ! Totale ! Je le vois ! Elle est là, devant moi ! J’ai accédé à l’ultime ! A l’absolu !... au rêve de tout homme ! Finale ! Jubilation ! Extatique ! Le monde des idées ! La vérité, dedans l’air, dedans tous ! L’essence de la vie ! De l’homme ! L’idée, l’idée qui guide tout ! Étoile du réel ! Constellation du tout ! Formidable maîtresse de l’univers ! Âme du cosmos ! Que de bruit, que de fureur en moi ! Que de fureur en tout ! Alors, là, je m’y jette, tout frétillent de joie et de bonheur ! Je m’y balance ! Je veux barboter joyeusement dedans la vérité et baigner dans l’essence des choses ! Et je vole ! Je vole ! Je fugue volette et souffle entre les étoiles ! Sensation ! Y’a des immenses triangles, des rectangles, des losanges, et des carrés, sublimes perfections imperfectibles, qui sont là, fixés pour l’éternité ! Je passe entre ! J’au vu l’idée du cercle ! La forme pure et parfaite du rond ! Rotondité Ultime ! Courbure de paradis ! Cambrure d’un autre monde ! J’ai vu des droites sans épaisseurs partir de nulle part pour s’arrêter à jamais ! J’ai vu l’idée qui guide tout ! J’ai volé des secondes d’éternité ! Fixité perpétuelle sans début, ni fin ! Commencement sans exorde ! Dénouement sans arrêt ni cesse ! Que de joie ! Pourfendeuse transcendance ! Pas de temps ni d’espace ! Rien que l’âme ! Dimension X ! Aucune notion de réalité ! Juste l’idée ! J’ai vu l’Idée qui guide le palpable ! L’idée du tout, en dehors duquel il n'y a rien ! L’âme des choses, unique, qui guide à tous les objets du monde ! Ah ! Quel bonheur ! Je serai resté là, à observer toutes les idées du monde, à découvrir la vérité pour mieux la connaître dans tous ses recoins, pour l’éternité d’un soupir de jeune fille, lorsque je tombai sur l’idée de l’homme ! Ce que c’était que l’Homme ! Ce que l’autre chien de Diogène cherche avec sa lanterne ! Je l’ai vu, paf, dans les yeux, cette idée là ! Ah ! Ce qu’il y a de commun entrer chaque homme, ce qui les définit tous ! Et seigneur ! Seigneur ! L’essence de l’homme… En la voyant, je suis redescendu !

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Publié dans Journaux intimes

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