Surpris par la nuit

« Encore humectée par la rosée
Pourtant dans l'obscurité »
Goethe.
Les longs phrasés suggestifs de la frémissante nature, en éveille délicat dans son lit d'humectages subtilement vaporisés et dans un équilibre vacillant comme les vagues émoussés qui se bousculent dans les criques closes où se noient leur solitude échouante dans des flots d'un courant glacial et bouillonnant perpétué dans les bruissements brumeux des volutes nerveuses qu'ils exhalent aux tourbillons d'un vent endiablé, chantonnent des embruns de jovialité. Par-delà, les oiseaux gazouillants déclament fièrement dans une horde d'adorations aériennes, au gré de leurs badinages ailés étincelants teintés de remous poudreux et d'éraillements vainqueurs, leur sérénade contrapuntique alors que le petit matin et son dôme imbibant, dernière inspiration libidineuse qui s'écoule comme un torrent tempétueux et chantant sous la pluie, dans le silence des pins coquettements éclaboussés par les aspersions aquatiques engrenées par la fougueuse cadence effrénée de l'eau qui se fracasse, éblouit les yeux dont les larmes se déversent similairement sur les joues de façon torrentielle. Dans les lourdes herbes vertes gorgées d'eau qui garnissent et parsèment miraculeusement dans une agence prodigieuse et aveuglément sournoise, les prairies alentours, fortifiées par les aurores et leur acuité exorcisante, expirent des parfums floraux corrosifs, dans la lente éclosion matinale, charmeuse à l'arrière-goût toxique. Sur ce tapis disert et malicieusement ornementé par les bourgeonnements dévoilés des fleurs violacées parmi leurs touches pourprées et leur environnement verdoyant, cavalent les rongeurs nerveux et surgissent les insectes émoustillés dans une allégresse transcendante, par l'alanguit crescendo du jour levant bravée, et de la réminiscence essentielle. Déjà les refrains insectivores de vibrations sonores et aiguës répondaient aux bourdonnements ronflants et emphatiques des arthropodes gutturaux. Demeurait dans les bois une dense fraîcheur embaumée par les siècles, mielleusement répandue dans une effusion imputrescible qui soudain, sur la lisière, se mêlait, diffuse, dans l'air chaud vagabondant. La symphonie alpestre se poursuivait dans un retour éternel sans cesse changeant à l'affable, tantôt oppressant rythme des susurrements vrombissant à l'innocence et juvénilité pourtant immémoriales. La gaieté folle et la puissance pétillante annonçaient un devenir grandiose lui-même proféré dans le tohu-bohu dionysiaque. Mais voilà que pourtant, derrière la reviviscence, au-delà des tilleuls de jade, sur la lumière d'émeraude qui carillonne et se divulgue dans les vents turbulents, au-dessus des frissons divins énamourés et fringants, par-delà cela, les nuages se heurtent et se fracassent sur les falaises de leurs pans nébuleux dans un magenta écarlate annonçant le déclin du jour, l'aube de la nuit, le crépuscule et l'angoisse noire qui s'abat hâtivement et plonge dans ses tentacules pénétrantes, le monde dans les ténèbres. Car pourtant, le soleil est tombé, le soleil tombe et disparaît à l'horizon, je ne vois plus rien, il est partit, le soleil a fuit, je ne vois plus rien, je ne vois plus....