Éclisses aux parures fardées de clampins

Publié le par Jovialovitch

       Y’avait de la fête dans tous les coins. On chantait à la bamboche, ça bouillait plein les agapes ! Y’avait des notes joviales qui fusaient, toutes frétillantes, entre les danseurs et les coupes de champagne. Une nouba du tonnerre, qui voguait, légère, dans l’appartement. On parlait, riant jusqu’aux yeux, dans cette fière ferrade… boum ! Mais on savait se tenir, c’était droit, respectueux : du banquet long comme la nuit avec des amuse-gueules en foule qui délire ; des lumières tamisées tamisant les invités tâtant du plaisir ! De l’alcool comme une rosée brumeuse venue d’Ecosse, qui enivre doucettement le nez d’un effluve de fiel au bouquet de benzène. Une musique de fond comme une tapisserie beige, qui sonne avec la grisante discrétion d’un Angélus d’automne. Des costumes tous beaux, bien mis, avec chemise ouverte et chaussure qui luit. De belles robes, bariolées jusqu’à l’ataraxie, scintillent comme des pétales anglais dans un tohu-bohu de couleur synthétiques, que trouble avec blandice l’incarnadin coloré de femmes nues sous leurs atours… Ah !... des visages fins et grimés, où brillent ces lèvres rouges et ces yeux en forêts qui flambent… des épaules aux formes d’abricots qui tournent et qui roulent autour de cous lascifs, par l’effet de bras s’élançant vers le sol comme des jambes dévêtues… des poitrines pommadés dardées vers le ciel comme ces nuages bouclés qui viennent du nord…  Et puis, des éclats nulle part et partout, dans ce raout nocturne et parisien, où volent les volutes et flottent les notes. On y parle, ça brasse et fourmille en abondance, un essaim de parlotte au grand large du verbiage. Une longue plage de bagou, où s’étale l’écume du palabre. Des onomatopées qui grêlent autour de ces lustres de fleurs qui n’en finissent pas d’êtres vus, et qui n’en finissent pas de sentir le printemps semé sur le bielle du mois de mai.

      Siméon Hossegor faisait partie des invités. Tout de même, quel honneur se disait-il ! Open bar s’il en est, avec des biscuits tous chauds tous bons qu’il mangeait partout ! Et puis, tous ces gens, autour de lui, ces femmes, un carnet d’adresse taille réelle ! Un annuaire en vie, tout brûlant de vigueur et de sueur ! Vivace, animé par de-là ses pages jaunes ! Ah, tant de vie, tant de peuple ranimé, trempé de turbulences ! Vive vitalité, virale vivacité ! Que de joie béate et insouciante, que de boucan chatoyant rayonnant avec le poli brio du bruit faste et verni ! Splendeur tintammaresque ! Éclisses aux parures fardées de clampins ! Grandes pompes aux auréoles écornées ! Etincelle mouvante et pourtant fixe ! Eternel et perpétuel pétillement ! Que d’échardes crues sous les scintillations limpides !

       Et pourtant… dans un coin, là tout seul, accoudé contre le garde-corps haussmannien de la fenêtre ouverte, un homme. Une cigarette consumante consommant, cet homme était à l’écart, le regard perdu dans la nuit murmureuse du ronflement sourd et muet de la ville endormie. Siméon Hossegor s’approcha de ce naufragé, exilé volontaire. « Alors, qu’en pensez-vous ? » lui demanda-t-il. « C’est absurde ! » répondit le fumeur mystérieux. « Quoi donc ? » dit Hossegor…  L’autre le regarda en coin, et proféra sous les cadogans  limaçons de sa blanche cibiche : « Tout ça ! »

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Publié dans Nouvelles enivrées

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