Les Carnets du dictateur, cap sur La Rochelle

Publié le par Jovialovitch


31 de mai

 

            Ô nature bruyante. Ô nature criarde et discordante ! Ô nature insupportable, je te hais, je n’en puis plus ; impossible pour moi de dormir paisiblement dans tout ce vacarme, impossible d’être en paix parmi les nuées de bestioles venimeuses et médisantes. Voilà qui a assez duré ! Je cherchais le silence, j’ai trouvé le bruit, je voulais la sérénité, j’ai l’oppression, je voulais l’amour, j’ai la guerre ! Très bien ! Adieu rosée du matin et soleil levant, adieu cascades imbécile et forêt vicieuse ! Adieu ! Que celui qui me vante le calme de la nature ne se trouve pas sur mon chemin. Ca fait un mois que je ne dors plus ! Et pour tout dire, c’est pire qu’un voisin !

            J’en ai causé sérieusement à ma princesse qui est encore la seule chose au monde qui m’apporte la volupté et la grâce. Ma douce, délicate et délicieuse flamme qui me consume. Le seul torrent qui s’écroule dans les excavations cataractant de mon cœur inondé, le seul lac glacé qui me réchauffe, la seule futaie qui me voile amoureusement. Et nous avons conjointement décidé de fuir dans la hâte et l’impatience le temple maudit de cette Dame peu hospitalière que l’on ne nomme plus et qui bénéficie pourtant d’une valorisation à mon sens excessive ! Car je n’ai guère peur de le concéder, je ne puis m’épanouir convenablement dans un milieu hostile et sans pitié. Les entrailles de la terre qui me déchire la fibre, je m’en débarrasse et n’en veux plus ouïr le nom, pas même en voir le seuil. J’ai pour cela du forcer un peu la main de madame, mais nous fuyons l'antipathie dans un élan solidaire et d’union, par delà tout regret – comment en pourrait-il être autrement ? -, par delà toute nostalgie car finalement, je ne peux guère dire mon agréable souvenir que m’a laissé cette vie ennuyeuse et sournoise. Au contraire, je veux rompre définitivement, trouver un climat saint et ouvert. Des paysages grandioses et des vues illimitées. Des arômes pénétrants et des parterres agréables. Mais notre décision est prise. Alors adieu rosée du matin, adieu cascades imbéciles et forêt vicieuse, adieu insectes carnivores et végétations maladives, adieu fourberies dissonantes et éternelles, adieu nature vulgaire et déraisonnable, adieu, adieu et……..Cap sur La Rochelle !

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