Candide 2008

Publié le par Jovialovitch


COMMENT CANIDE S’ENNUI FERME DANS SA METAIRIE ET CE QU'IL ADVINT


 

« Mon dieu, voilà bien des années que je me morfonds dans ma satanée métairie ; que je m’emmerde à cultiver mon jardin et que Mademoiselle Cunégonde me tape sur le système ! » se dit Candide devenu fort acariâtre, un jour où son rhumatisme lui devint fort gênant. Mais comme on entendit l’infâme, on chassa Candide de la métairie à grands coups de pieds dans le derrière, sous les larmes de la pauvre Cunégonde qui n’avait rien demandé à personne et qui s’évanouit alors. Candide marcha longtemps seul, lorsqu’une idée tout à fait saugrenue lui vint à l’esprit : « Le monde est-il donc toujours aussi mauvais ? Le pire des mondes possibles ?! » s’interrogea-t-il. Et comme il avait été chassé, il eut envi de retourner sur les traces de son passé. Il prit le bateau pour Venise. D’abord il y fut modestement déçu « Où sont donc passées toutes les gondoles ? » dit Candide qui n’en n’apercevait guère. Comme il n’y avait personne pour lui répondre, il alla parler au gondolier qui lui répondit qu’on ne faisait pas de commerce à Venise et qu’on recevait les touristes. Candide s’en étonna et voulut voir des touristes. Il remarqua alors que ceux-ci portaient des lunettes noires et qu’ils ne faisaient rien qu’à appuyer sur le bouton d’un boîtier qui faisait une lumière éblouissante. Comme Candide eut mal aux yeux, il accourut jusqu’au bateau et quitta Venise pour l’Angleterre où il traversa ensuite la Manche et fut étonné : « Eh bien ?! dit-il, où sont les vaisseaux de guerre ? C’est à croire qu’on ne se fout plus sur la gueule ici ! » On lui répondit qu’en effet, les deux nations étaient en paix depuis un certain temps. Candide alla ensuite à Paris où il vit la Tour Effel. Mais comme il levait la tête, il vit une chose étrange voler dans le ciel. « Est-ce que c’est un oiseau qui vole là-haut ? demande-t-il. On lui dit que c’était un avion de la compagnie Air France et qu’il venait sans doute de décoller. Candide était ennuyé par cela et il baissa la tête. « Est-ce qu’il s’agit également d’avions ? » « Non, lui répondit-on, cela, se sont des automobiles. Les automobiles roulent tandis que les avions, eux, volent. » Candide parut choqué et demanda si il y avait des chevaux. On lui dit que non et que la France c’était beaucoup développé. Il passa devant l’Elysée où il vit le Président de la République. « N’y a-t-il donc plus de roi ? » « Mais enfin, nous sommes en République. En République démocratique ! » Candide n’en revenait pas mais se demandait bien ce que les gens pouvaient faire en démocratie. « Ah, si Maître Pangloss voyait ça. » Candide s’étonna aussi de ne pas voir de prêtraille et s’enfuit du côté de Bordeaux où il prit à nouveau le bateau jusqu’à Suriname.

            « Mais, où sont les esclaves ? où sont les hollandais ? Où sont les nègres ? » On lui dit qu’il n’y avait rien de tout cela et que l’esclavage avait disparu depuis cent cinquante ans au moins . « Ben, merde, alors ! » Candide parvint par la suite à l’Eldorado qu’il était d’ailleurs impatient de revoir. « On dirait que la région a perdu de sa beauté, pensa-t-il. Moi qui ait vu des avions rouler et des voitures voler, qu’est-ce que des moutons roses peuvent bien me faire ?! » Le roi, toujours fort sympathique, le reçu ; mais Candide, décida de quitter l’Eldorado fissa ; après tout, il s’en foutait bien du roi, lui qui avait vu le Président de la République française ! Il alla alors en direction de Buenos Aires. Durant toute sa marche, il ne vit à peut prêt rien et s’en trouva fort désappointé. Où sont les jésuites ? Où sont les oreillons ? Où sont les deux jeunes filles ? A Buenos Aires, Candide prit un bateau pour Cadix. « Il n’y a donc plus rien dans ce pays ! dit-il en quittant la capitale argentine, à part ces voitures et ces avions ? » Il vit aussi que les maisons avaient bien changé et que le port étaient rebutant. A Cadix, il ne posa le pied à terre qu’il s’enfuit vers Lisbonne. De nombreux souvenirs lui revinrent en mémoire ; l’autodafé, par exemple. Mais Candide apprit qu’on ne faisait plus d’autodafé. « Tout cela est étrange, pensa-t-il, mais que faites-vous alors ? » On ne lui répondit rien. Pour combler le tout, il n’y eut pas même un petit tremblement de terre. Candide quitta donc Lisbonne déçu et retrouva la Hollande. Là encore, aucune guerre, rien du tout. Où était l’harmonie des canons ? Et les trompettes ? Et les baïonnettes ? Et les soldats ? Non vraiment, il n’y avait plus rien. « Ah, si Maître Pangloss voyait ça ! » Alors Candide arrive au château de Thunder-ten-tronckh, totalement en ruine, mais Candide le savait déjà. Finalement, il repensa à tout ce qu’il avait vécu et repensa encore à Pangloss. « Ah ce vieux Pangloss aurait encore tord, pensa Candide, comment peut-on dire que tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles ? Car tout n’est qu’ennui ! Candide marqua un long silence puis reprit : « Oui, c’était mieux avant. »

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Publié dans Nouvelles enivrées

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M
Respect...<br /> C'est un de mes livres de chevet et j'ai souvent joué à en imaginer le "Candide II, le retour", avec moins de talent.
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